Parcoursup 2018 : les dessous de l’algorithme racontés par ses créateurs

waiam cia (CC BY 2.0)

La plateforme Parcoursup est-elle en train de créer le bug de l’an 2018 ? C’est la question que l’on peut se poser à la vue des premiers résultats de l’affectation des étudiants. Conçue pour remplacer APB accusé par certains de faire preuve d’opacité, Parcoursup n’échappe pourtant pas aux critiques. Le 22 mai dernier, à son ouverture, 400 000 candidats se sont retrouvés sans affectation. Incompréhension des candidats sur liste d’attente, joie et dilemme de ceux acceptés dans leurs voeux ; le ministère assure quant à lui que tous les étudiants auront une place dans le supérieur à la rentrée.

Une semaine après, 32% des élèves restent toujours dans l’incertitude concernant leur orientation. Pour tenter de comprendre la vision du ministère sur ces premiers résultats, Jérôme Teillard, chef de projet réforme de l’accès à l’enseignement supérieur et Hugo Gimbert, chercheur au CNRS chargé de concevoir les nouveaux algorithmes de Parcoursup, ont répondu à nos questions.

Guillaume Ouattara : À l’ouverture de Parcoursup, 400 000 candidats étaient sans affectation. Au fil des jours des propositions leur sont faites, et la liste décroît. Quel regard portez-vous sur la situation aujourd’hui ?

Hugo Gimbert (CNRS) : Nous suivons l’évolution des propositions faites aux candidats au jour le jour. Des chiffres nous remontent quotidiennement sur le déroulement de la procédure. Avant le lancement de Parcoursup, nous avons fait un certain nombre de simulations pour anticiper le comportement des candidats. Ça n’était pas forcément évident puisque c’est la première année que nous lançons ce système. Jusqu’à aujourd’hui, le déroulement de Parcoursup est plus rapide que le scénario le plus optimiste que nous avions modélisé. Nous n’avons pas de craintes particulières, la situation va avancer au fil des jours.

Jérôme Teillard (Ministère) : Nous sommes confiants sur le fait que tout le processus est en train de converger. Il faut que les candidats soient attentifs aux délais. L’accompagnement par les professeurs principaux rend le processus beaucoup plus sécurisé. Et ce qu’il faut dire, c’est que le système est plus lisible. Les candidats n’ont pas à mettre en place de stratégie, ils peuvent garder certains voeux en attente, changer d’avis. Ils ont le dernier mot et ne doivent plus faire de voeux contraints.

>>> Lire aussi : Comment Parcoursup risque d’augmenter considérablement les listes d’attente

Comprenez-vous que cette situation puisse être stressante pour les candidats qui n’ont aucune affectation aujourd’hui ?

Jérôme Teillard : Il faut entendre les candidats qui expriment des angoisses, mais dans la durée Parcoursup est un processus nettement plus sécurisant. On donne aux candidats des indicateurs précis, des perspectives concrètes. Ce sont forcément des moments qui ne sont pas simples à vivre individuellement, mais c’est le cas dans chaque moment de choix important. Le passage du collège au lycée est également une période compliquée pour les élèves. Cette année est particulière puisqu’il s’agit d’une transition vers l’enseignements supérieur fondé sur un nouveau système. Nous avons également mis en place des dispositifs d’accompagnement des élèves qui au 22 mai se sont retrouvés avec des réponses négatives des filières sélectives sur tous leurs vœux. Nous sommes dans une logique de transparence, nous luttons contre les fake news qui existent sur la procédure. Notre dispositif n’est pas parfait mais il fonctionne, nous pouvons le garantir. Mais il y a, c’est vrai, un vrai travail de pédagogie et d’accompagnement à faire, et c’est ce à quoi nous nous employons au ministère, dans les académies et les établissements scolaires.

Jean-Michel Blanquer a annoncé hier sur BFMTV et RMC que 20% des élèves seront toujours sur liste d’attente avant le début du bac. Ces chiffres semblent-ils se confirmer ?

Hugo Gimbert, chercheur au CNRS chargé de mission Parcoursup (DR)

Hugo Gimbert: Nous attendons d’avoir toutes les données avant de faire des estimations. Mais ce qu’il faut souligner, c’est que les candidats n’ont pas à parier sur les réponses des autres pour faire leur choix. Ils peuvent accepter leur proposition préférée parmi toutes celles qui leur sont faites. Avec APB, il était possible de faire des choix stratégiques complexes lors de l’ordonnancement des voeux, notamment pour les L1 et les internats.

Quelles différences conceptuelles y a-t-il entre APB et Parcoursup ?

Jérôme Teillard : L’idée avec Parcoursup c’était de mettre en place un nouveau système fondé sur la transparence et la liberté de choix pour les candidats. Le point de départ de la fin d’APB, c’est une mise en demeure que nous avons reçue de la CNIL et qui nous indiquait qu’il ne fallait plus prendre de décisions sur l’orientation des étudiants basées sur le hasard et sur des algorithmes. Il nous a fallu remettre de l’humain au coeur de la procédure. Avec APB, c’était les algorithmes qui faisaient la loi. Avec Parcoursup, les algorithmes développés par Hugo Gimbert et Claire Mathieu ne sont qu’une traduction des règles posées dans la loi et ses textes d’application.

Hugo Gimbert : Dans le cahier des charges du développement de Parcoursup, il y avait deux éléments clairs. Premièrement, il ne fallait plus que les candidats hiérarchisent leurs voeux. Deuxièmement, il fallait supprimer les tirages au sort. Nous ne devions plus utiliser aucun élément aléatoire. À plusieurs reprises on s’est trouvé dans des situations où l’on aurait pu mettre des critères aléatoires. C’était interdit cette année.

Jérôme Teillard : En fait avec APB la loi n’avait pas prévu de mécanismes de résolutions pour de nombreuses situations. C’est pour cela que le tirage au sort était utilisé, pour régler ces situations compliquées. Cela a introduit une part d’arbitraire dans la procédure, ce qui n’est pas souhaitable.

Comment se traduit la volonté de transparence de la procédure Parcoursup ?

Jérôme Teillard : Nous publions quotidiennement des indicateurs qui font le suivi de la procédure. Les candidats peuvent également connaître leur position sur liste d’attente. La manière dont le classement des dossiers a été organisée est également transparente. Il y a eu un cadrage national d’attendus fixés pour l’ensemble des candidats par les formations, les éléments de leurs dossiers qui sont pris en compte. Depuis le 22 janvier, le site de Parcoursup présente les différents attendus qui servent à évaluer les dossiers des candidats. L’examen des dossiers a été effectué par des commissions d’examens de voeux. Pour les filières sélectives (prépas, BTS, DUT…), les critères utilisés n’étaient pas transparents. Désormais, avec les attendus, les élèves savent ce que les formations recherchent.

Certains redoutent que les universités soient devenues “sélectives”, qu’en pensez-vous ?

Jérôme Teillard : En ce qui concerne les licences à l’université, l’examen des dossiers a pour but la réussite des étudiants. Pour les candidats qui sont les moins  préparés pour vouésà ces filières, les universités peuvent mettre en place des procédures d’accompagnement particulières (via les “oui si”). Le classement n’est qu’une opération secondaire, il n’a d’impact que dans les filières en tension (avec plus de demandes que de places). Il fallait mettre fin à un choix qui pouvait en cas de tensions se solder par l’arbitraire du tirage au sort. Le travail qui est fait dans les commissions d’examens repose sur ces attendus. Les critères concrètement utilisés sont couverts par le secret des délibérations, comme dans tous les jurys. Mais ils se réfèrent aux attendus. Chaque candidat a la possibilité de solliciter les établissements sur les motifs pédagogiques qui l’ont écarté d’une formation. Mais c’est important de le redire : aucun candidat ne peut être refusé dans une formation non-sélective.

Hugo Gimbert, en tant que chercheur au CNRS, comment en êtes-vous arrivé à travailler sur la plateforme Parcoursup ?

Hugo Gimbert : J’ai été sollicité par le ministère à la rentrée dernière pour être chargé de mission sur Parcoursup. J’ai une double compétence. Je suis avant tout chercheur en informatique, ce qui me donne du recul par rapport à quelqu’un qui n’aborderait que les enjeux techniques. J’ai également des compétences de développement. Par le passé j’ai déjà reçu l’appui de Philippe Baptiste, actuellement directeur de cabinet de la ministre Frédérique Vidal, pour développer un outil aidant les commissions d’évaluation scientifique du CNRS à mutualiser l’information et à dématérialiser leur travail.

Durant votre travail de développement des algorithmes, quels étaient vos liens avec le ministère ?

Hugo Gimbert : Nous avons eu de nombreuses réunions d’arbitrage avec le ministère au cours desquelles les décisions techniques ont été prises. Ces réunions était très collaboratives, ce qui était une surprise pour moi, j’imaginais un fonctionnement davantage hiérarchisé, même si, in fine, le dernier mot revenait logiquement au chef de projet ou au directeur de cabinet. Pour débuter notre travail, nous sommes partis des grandes lignes du texte de loi qui était en préparation. Le développement a pu commencer quand nous avons eu tous les arbitrages nécessaires sur l’algorithme. Avec Claire Mathieu, nous nous occupions du coeur algorithmique de Parcoursup, de toutes les fonctions clefs. Nous sommes repartis de zéro et n’avons rien gardé d’APB. Les équipes techniques situées à Toulouse, et qui travaillaient les années passées sur APB, ont été chargées de toute la maîtrise d’oeuvre ; concevoir le site web, maintenir les serveurs, gérer la base de données…

Jérôme Teillard : Il y a eu pour le développement de Parcoursup un véritable travail collaboratif entre le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation et le ministère de l’éducation nationale. Un certain nombre d’arbitrages techniques, juridiques et pédagogiques ont été rendus pour prendre les décisions qui mettaient en œuvre le cadre législatif. Nous sommes partis de la loi et de ses décrets d’application. Pour que notre philosophie soit bien comprise par tous, nous avons publié une trentaine de fiches pratiques pour que les équipes sur le terrain comprennent bien la procédure. En mars, nous avons également organisé des journées de formation auprès de différents responsables pédagogiques des universités.

Lorsque l’on analyse les algorithmes que vous avez publiés, on se rend compte que certains candidats boursiers sont remontés dans les listes des formations sélectives et non-sélectives, tandis que certains candidats hors de l’académie sont descendus dans les listes de formations non-sélectives. Comment cela s’explique-t-il ?

Hugo Gimbert : Il ne s’agit que de la traduction algorithmique de deux mesures votées par le parlement dans la loi ORE (Orientation et Réussite des Etudiants) : un taux minimum de boursiers à respecter dans toutes les formations (sélectives et non-sélectives) et un taux maximum d’élèves hors de la zone géographique de la formation. Pour classer les candidats, nous respectons trois niveaux de contraintes. Premièrement appliquer le taux minimum de boursiers, deuxièmement appliquer le taux maximum de candidats hors secteur (pour les formations non-sélectives) et troisièmement respecter les classementseffectués par les  formations.

Jérôme Teillard : Ce sont les recteurs qui ont fixé ces deux taux. L’objectif est de démocratiser l’accès à l’enseignement supérieur. Ils sont affichés sur le site de Parcoursup et l’algorithme n’est là que pour les traduire.

L’objectif de laisser les candidats choisir leur affectation avec plusieurs voeux c’est de leur faire avoir “des choix d’orientation éclairés”. Or, dans les faits on se rend compte que les candidats n’ont pas forcément anticipé leurs choix et qu’ils se décident dans la précipitation quand ils ont plusieurs propositions, n’est-ce pas contradictoire ?

Jérôme Teillard : L’orientation est toujours un processus complexe et qui peut être angoissant si l’on n’est pas accompagné. Je comprends tout à fait les interrogations des candidats. C’est précisément pour cela que nous avons mis en place un deuxième professeur principal dans les classes de terminale dès cette année. Et puis les conseils de classe permettent également de mieux accompagner les candidats. Les projets de formation motivés et la fiche avenir leur ont fait permis de formaliser toutes ces réflexions. On demande aux candidats de choisir en sept jours, ils peuvent également solliciter leurs entourage, leurs professeurs ou des étudiants pour les accompagner. Mais il est vrai que l’on n’enlèvera jamais le fait qu’un choix d’orientation est toujours difficile. Ce que nous souhaitons c’est que les élèves soient mieux accompagnés.

Hugo Gimbert : Il faut rappeler qu’avec APB nous demandions aux candidats de choisir leurs voeux en avance, il fallait les positionner les uns par rapport aux autres. Un candidat qui fait plus de 100 voeux, comme c’est couramment le cas sur les concours communs, doit anticiper plus de 4900 choix différents, qui peut faire ça? L’intérêt de Parcoursup c’est que le candidat peut se concentrer sur les choix décisifs, il ne s’agit plus de classer des voeux hypothétiquement. Pour rentrer dans l’aspect technique, Parcoursup et APB fonctionnent de manière similaire. Simplement avec APB c’était un algorithme qui affectait les candidats selon leurs voeux. Désormais, ce sont les candidats qui ont la main sur leur affectation.

>>> Lire aussi : Parcoursup 2018 : gare à l’« overbooking » des formations sélectives

Sachant que les candidats n’ont pas hiérarchisé leurs voeux, aurez-vous la possibilité de mettre en place des outils de satisfaction pour savoir s’ils seront affectés dans une formation qui leur plaît ?

Hugo Gimbert : Nous n’avons pas encore défini d’indicateur pour mesurer la satisfaction des candidats en fin de procédure, c’est en cours. Dans les simulations que nous avons faites, nous avons pris des jeux de données issus d’APB et nous avons comparé le résultat obtenu par les deux procédures. On arrive rapidement à l’optimum avec Parcoursup. Dans les simulations, les élèves obtiennent leurs voeux préférés en un peu plus de temps, c’est vrai.

Jérôme Teillard : Au-delà de la mesure de la satisfaction, il faut rappeler qu’APB n’avait pas été construit dans une perspective globale d’orientation, mais qu’il s’agissait d’une simple plateforme technique. Notre objectif avec Parcoursup n’est pas simplement de réussir la phase d’admission le plus rapidement possible, mais c’est que dans les trois ans les étudiants puissent pleinement réussir leurs études. APB était un outil exogène, il faisait tout sans accompagner la réflexion des élèves. Parcoursup est davantage une plateforme à considérer comme unoutil au service d’un processus plus complet d’orientation.

Pour conclure, pensez-vous que le fonctionnement de Parcoursup et ses algorithmes resteront tels quels l’an prochain ?

Jérôme Teillard : Frédérique Vidal s’est engagée auprès des différents acteurs de la procédure à faire un retour d’expérience. Pas seulement sur l’outil Parcoursup mais sur le fonctionnement global. Le processus est voué à s’améliorer, nous écoutons les craintes de nos interlocuteurs et transformerons la procédure là où c’est nécessaire. Par exemple, il nous a été remonté des difficultés pour les élèves en situation de handicaps à s’orienter car ils ne savent pas si les formations sont accessibles. Nous travaillerons sur ce sujet pour la prochaine session de Parcoursup pour qu’il y ait un référent handicap dans chaque formation.

Propos recueillis par Guillaume Ouattara, blogueur-invité Le Monde Campus.

 

Bac 2018 : le gouvernement renonce à imposer le « mode examen » sur les calculatrices

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Les élèves de terminale n’auront pas à utiliser le mode examen de leur calculatrice scientifique pendant les épreuves du bac 2018, a annoncé le Ministère de l’Education nationale ce jeudi 15 février. « De nombreuses académies ont signalé qu’un nombre significatif d’élèves ne disposait pas à ce jour d’une calculatrice conforme à cette nouvelle réglementation, explique le Ministère. Tous les candidats composeront donc dans les mêmes conditions qu’à la session 2017 et avec l’équipement de leur choix ».

Cette session du bac aurait, pourtant, dû être la première à exiger des candidats le passage en mode examen, verrouillant l’accès à la mémoire de leur calculette pour empêcher la triche. Mais de nombreux cafouillages observés ces dernières semaines lors de bacs blancs ont eu raison de cette décision. Cette décision s’appliquera pour le bac, mais également pour le BTS, DEC (diplôme d’expertise comptable), DCG (diplôme de comptabilité et gestion),  DNB (brevet), CAP, BEP, concours général des lycées et concours général des métiers pour la session 2018, qui autoriseront également les calculatrices sans mode examen.

Une circulaire pour lutter contre la triche

L’affaire avait fait grand bruit en 2015. Dans une circulaire, le Ministère de l’Education nationale rendait obligatoire, à partir de 2018, le « mode examen » sur les calculatrices scientifiques. Son rôle ? Restreindre temporairement l’accès à la mémoire et déclencher un système de diode clignotante. L’objectif semblait alors clair : empêcher les élèves d’avoir des programmes de triche (contenant toutes leurs formules de maths ou de physique).

« L’analyse du bilan des fraudes et tentatives de fraudes aux baccalauréats ces dernières années fait en effet apparaître un nombre important de fraudes liées à l’utilisation de matériels électroniques, y compris la calculatrice, peut-on lire dans un document adressé aux constructeurs de calculatrices en 2013. La ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche souhaite que l’usage des calculatrices pendant les épreuves soit compatible avec les mesures visant à réduire les fraudes et tentatives de fraudes ».

Depuis trois ans, dans tous les lycées de France, la même consigne est donnée aux élèves : investir dans des calculatrices disposant du mode examen. « Mon frère venait d’avoir son bac quand je suis entré en seconde, explique Neïl élève en terminale s à Compiègne, il m’avait donné sa vieille TI83 sans mode examen mais les profs m’ont fait comprendre qu’il fallait que j’en rachète une avec le mode examen ». Enzo, lycéen à La Rochelle, a reçu les mêmes conseils « j’ai dû acheter une calculette avec un mode examen en arrivant en seconde, raconte-t-il, mais jusqu’à présent on ne l’a jamais activé en devoir surveillé ». À l’occasion de bacs blancs, certains lycées ont voulu tester ce fameux mode examen en conditions réelles, mais plusieurs cafouillages ont été relevés.

De multiples cafouillages

Si dans son communiqué le Ministère explique que « de nombreuses académies ont signalé qu’un nombre significatif d’élèves ne disposait pas à ce jour d’une calculatrice conforme à cette nouvelle réglementation », d’autres difficultés ont été constatées.

Chez certains candidats pourtant bien équipés, le mode examen de leur calculatrice ne s’est pas déclenché. « C’est un bug que l’on observe avec plusieurs modèles, détaille Xavier Andréani, professeur de mathématiques et fondateur du site TI-Planet. Si l’élève a moins de 25% de batterie et qu’il tente d’activer le mode examen, sa calculatrice reste bloquée sur un message d’avertissement du niveau de batterie, il ne peut plus l’utiliser ». Si le cas de figure se présente le jour du bac, impossible pour le candidat de passer en mode examen, ce qui entraînerait une confiscation de sa calculatrice. Interrogée par Slate, une professeure d’un lycée lillois où la situation s’est produite indique qu’elle a été obligée de « laisser tout le monde composer malgré tout » (avec les calculatrices sans mode examen du coup) durant un bac blanc.

Autre problème : ce « mode examen » ne préserve pas des antisèches. À partir du moment où une calculatrice est passée en mode examen, tous les programmes (et antisèches) stockés en mémoire auparavant sont inaccessibles. Mais tous les programmes que l’on écrirait après le passage en mode examen restent, eux, accessibles. Conséquence : un candidat qui aurait mis le mode examen chez lui pourrait ajouter des programmes de triche et venir avec une calculette pleine à craquer.

Pour faire face à ce problème, il est indiqué que les élèves doivent activer leur mode examen une fois dans la salle. Mais cette contrainte pose problème ; les professeurs surveillant l’épreuve de maths ou de physique n’enseignent pas tous ces disciplines. Pas sûr, donc, qu’ils soient au fait des subtilités des diodes clignotantes.

Des calculatrices bloquées

Un dernier point majeur inquiète la communauté éducative, comme les élèves : la sortie de ce « mode examen ». À chaque début d’épreuve les élèves devront avoir une calculatrice en « mode normal » qu’ils passeront en « mode examen ». Il leur faudra donc désactiver ce « mode examen » pour repasser en « mode normal » après chaque épreuve. Or, cette étape n’est pas toujours évidente. « Pour empêcher de quitter le mode examen pendant l’épreuve, les constructeurs de calculatrices obligent les élèves à utiliser une autre machine pour le désactiver, explique Xavier Andréani. Il peut s’agir d’une autre calculatrice du même modèle, d’un ordinateur voire d’un smartphone pour les modèles les plus évolués ».

Et selon le modèle de calculatrice, cette sortie du mode examen peut se transformer en une mission quasi-impossible. « Par exemple, pour sortir du mode examen de la  Lexibook GC3000FR, il faut obligatoirement utiliser une calculatrice du même modèle qui n’est, elle-même, pas en mode examen, poursuit Xavier Andréani. Cette calculatrice ne dispose pas de port USB, donc impossible de la déverrouiller avec un ordinateur ». En clair, si les candidats n’ont pas acheté cette calculatrice en deux exemplaires il leur sera tout bonnement impossible de sortir du mode examen… et donc d’utiliser leur calculatrice pour les épreuves suivantes.

Et ce même problème se retrouve sur d’autres modèles de calculatrice. En fait, pour comprendre l’origine de ce cafouillage, il faut revenir au cahier des charges qu’ont reçu les fabricants de calculatrices. En décembre 2013, près d’un an et demi avant la publication de la circulaire, le Ministère de l’Education nationale avait fait parvenir aux constructeurs un ensemble de « spécifications techniques » relatives au mode examen. Dans ce document de 5 pages, une seule ligne évoque la sortie de ce mode examen  : « Le « mode examen » doit donc être actif en permanence et ne pouvoir être désactivé que par une connexion extérieure ». C’est le flou autour de cette notion de « connexion extérieure » qui rend obligatoire la possession de deux calculatrices du même modèle pour certaines marques.

Un business très lucratif

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À quatre mois à peine du baccalauréat, le Ministère devait trancher au plus vite. Maintenir la circulaire, au risque de se retrouver avec des ruptures d’égalité entre les candidats (certains disposant potentiellement d’antiséches lors de l’épreuve, d’autres privés de toute calculatrice), ou renoncer temporairement à cette obligation du « mode examen ». C’est le second choix qui l’emporte. Pas sûr qu’il ne fasse que des heureux. Hugo, lycéen à Douai, fulmine depuis qu’il a eu vent du projet du Ministère. « Je redouble ma terminale cette année et j’ai acheté exprès ce week-end une nouvelle calculatrice avec le mode examen, lâche-t-il. J’ai dépensé 70€ pour rien ».

Il faut dire que depuis l’annonce de cette circulaire, les fabricants de calculatrices se frottent les mains. Durant longtemps, les vieux modèles se transmettaient dans les familles où se revendaient pour quelques poignées d’euros sur internet. Mais ils ne disposaient pas du mode examen. C’est donc tout un parc de calculatrices scientifiques qui a dû être renouvelé. « Depuis trois ans, on peut considérer que tous les élèves ont dû acheter une calculatrice neuve », détaille Xavier Andréani. Avec 500 000 élèves en série générale et technologique, ce sont pas moins de 1,5 million de calculatrices qui ont été rachetées. « Une calculatrice de moyenne gamme coûte environ 70€ », poursuit l’enseignant. Cette circulaire aurait rapporté, au bas mot, quelques 105 millions d’euros aux constructeurs. Un business très lucratif.

Si les bacheliers 2018 ne seront pas concernés par ce « mode examen », qu’en sera-t-il pour ceux de la session 2019 ? Officiellement, la circulaire restera en vigueur pour eux. Mais il est bien difficile de savoir comment les couacs rencontrés cette année pourront être résolus. Et au-delà de ces problèmes techniques, ce mode examen est-il vraiment si utile ? « Il n’y a rien de mal à stocker quelques formules pour être rassuré le jour des épreuves », glisse Fabien, lycéen à Compiègne. « Les programmes de triche peuvent même être vecteurs d’égalité entre les candidats, analyse Xavier Andréani. Ceux qui achètent les modèles les plus chers ont énormément de fonctionnalités « par défaut » qui restent accessibles même en mode examen, alors que ceux avec des calculatrices bas de gamme ne les ont pas. Sans le mode examen, tout le monde peut avoir les mêmes fonctionnalités en installant des programmes supplémentaires ». Les programmes de calculatrice, outils de lutte contre les inégalités sociales ? Toujours est-il que l’équation que le Ministère devra résoudre l’an prochain est loin d’être évidente…

Guillaume Ouattara, blogueur-invité Le Monde Campus

Toutes les filières pour devenir ingénieur

Avec près de 140 000 étudiants et 35 000 diplômés chaque année, les études d’ingénieur ont le vent en poupe sur Parcoursup. Chimie, informatique, biologie ou encore BTP, les ingénieurs évoluent dans de nombreux secteurs.

Mais au fait, comment devient-on ingénieur ? Prépas, écoles post-bac, DUT : je vous propose un zoom en vidéo, puis en détails, sur 4 manières de devenir ingénieur. De quoi donner un coup de pouce à vos candidatures sur Parcoursup.

1. Les classes préparatoires scientifiques

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C’est LA voie d’accès royale aux écoles d’ingénieurs les plus prestigieuses. Deux à trois ans en CPGE scientifique (classes préparatoires aux grandes écoles scientifiques) débouchant sur des concours hyper-sélectifs. Au programme ? Des maths, de la physique, des sciences industrielles pour l’ingénieur, du Français-Philo entre autres joyeusetés.

Le rythme est dense en classe prépa et elles permettent de se frotter, à l’issue des deux ans, aux concours des écoles d’ingénieurs les plus prestigieuses. Quatre spécialités sont ouvertes aux candidats après un bac S (les fameuses « maths sup »).

  • MPSI  – Maths, physique et sciences de l’ingénieur : une formation mettant l’accent sur les maths et la physique et débouchant, en 2ème année sur deux spécialités, MP (maths physique) ou PSI (physique et sciences de l’ingénieur)
  • PCSI – Physique, chimie, sciences de l’ingénieur : une formation qui met, elle, l’accent sur les maths, la physique et soit la chimie, soit les sciences de l’ingénieur.  Elle débouche sur deux spécialités PSI (physique et sciences de l’ingénieur) ou PC (physique, chimie)
  • PTSI – Physique, technologie et sciences de l’ingénieur : L’accent est mis sur les maths, la physique et les sciences industrielles pour l’ingénieur. Cette voie permet d’intégrer en 2ème année une prépa PT (physique et technologie) ou une prépa PSI (physique et sciences de l’ingénieur)
  • BCPST – Biologie, chimie, physique et sciences de la terre : Les domaines de spécialités sont la biologie, la physique et la chimie. Cette formation débouche, en deuxième année sur une prépa BCPST qui permet, entre autres, d’intégrer des écoles vétérinaires ou d’agroalimentaire.

D’autres classes préparatoires aux grandes écoles scientifiques sont ouvertes à des bacheliers non-scientifiques :

  • TB – Technologie et biologie : cette voie est ouverte aux bacs STL (option biotechnologies et SPCL) et aux bacheliers bacheliers STAV (sciences et technologies de l’ agronomie et du vivant). Elle permet d’intégrer des écoles d’agronomie, d’agroalimentaire, de vétérinaire, de biotechnologie…
  • TPC – Technologie physique et chimie : ouverte aux bacs STL option SPCL ou BGB elle permet de passer un concours dédié et d’intégrer des écoles de chimie et de génie chimique.
  • TSI – Technologie et sciences industrielles : cette filière est ouverte aux bacs STI2D et STL.

Après une classe prépa, les études en école d’ingénieurs durent trois ans et permettent de se spécialiser dans une thématique spécifique. 40% des étudiants ingénieurs sont passés par la case prépa.

2. Les écoles d’ingénieurs post-bac

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Les écoles post-bac représentent la seconde voie d’accès très répandue au métier d’ingénieur. Il y en a plus d’une centaine accessibles après le bac. Certaines forment des ingénieurs généralistes (les UT, les INSA…), d’autres forment des ingénieurs spécialisés d’un domaine (informatique, chimie…). Trois éléments sont à prendre en compte au moment de choisir son école d’ingénieurs post-bac :

i.  S’agit-il vraiment d’une école d’ingénieurs ou bien est-ce une école d’ingénierie ? La nuance peut paraître subtile, mais dans le premier cas l’école vous délivrera un diplôme reconnu par la CTI, la commission des titres d’ingénieur, garantissant la fiabilité du cursus, ce qui n’est pas le cas pour les écoles d’ingénieries, non-reconnues par la CTI, qui ne forment pas des ingénieurs mais des experts techniques.

ii. Quel statut a l’école ? S’agit-il d’une école d’ingénieurs publique ou d’une école d’ingénieurs privée ? Cela fera la différence quant aux frais d’inscription à engager.

iii. Quels sont les débouchés de l’école ? Certaines écoles forment des ingénieurs généralistes et proposent des débouchés très larges tandis que d’autres écoles vous permettront de vous spécialiser dans un domaine. Ainsi, si vous êtes passionné par l’univers de l’aérospatial, il peut être intéressant de rejoindre une formation ayant un lien fort avec cet univers plutôt qu’une formation trop généraliste qui ne vous donnera pas la certitude d’exercer dans ce secteur.

Au sein des différentes écoles d’ingénieurs post-bac le modèle de formation est assez similaire. Les deux premières années consistent en une prépa intégrée calquée, en partie, sur le modèle des classes prépa. L’idée est d’acquérir des connaissances scientifiques de haut niveau. L’étudiant se spécialise à partir de la 3ème année de son cursus. L’intégration dans une école d’ingénieurs se fait le plus souvent sur concours durant l’année de terminale :

  • Puissance Alpha : fusion des concours Alpha et Puissance 11 il permet d’intégrer 16 écoles (dont CPE Lyon, HEI, l’EFREI…) et offre près de 3500 places. Un examen du dossier a tout d’abord lieu (et permet aux meilleurs candidats d’être dispensés d’épreuves écrites). Un concours écrit est ensuite organisé (comptant pour 50% de la note finale).
  • Advance : 1330 places dans 4 écoles (EPITA, ESME Sudria, IPSA, Sup’Biotech). Examen du dossier, épreuves orales et QCM.
  • Avenir : Près de 1800 places dans 7 écoles (dont l’ESILV, l’ECE..). Examen du dossier, concours écrit (sauf pour les candidats exemptés).
  • Universités de technologie : L’admission à l’UTBM, l’UTC et l’UTT se passe sans concours mais via un examen du dossier et un entretien de motivation. 930 places offertes.
  • GEIPI Polytech : Plus de 3000 places sont proposées via concours dans 33 écoles d’ingénieurs (dont les écoles Polytech). Après examen du dossier, les meilleurs candidats sont convoqués à un oral de motivation. Les autres doivent passer des épreuves écrites.
  • INSA : pour intégrer l’un des 6 INSA (plus de 2000 places) un examen du dossier et un oral de motivation sont organisés.
  • GEPBAlternative à Parcoursup, la plateforme grandes écoles post-bac permet d’intégrer des écoles de la Fésia et de l’Icam. Le recrutement se fait sur analyse du dossier et entretien de motivation.
  • La prépa des INP : alternative aux classes préparatoires, ces deux années permettent de préparer l’admission au sein de la trentaine d’écoles du Groupe INP. Examen du dossier et entretien de motivation.

3. Les BTS et les DUT

Une autre façon d’intégrer une école d’ingénieurs est le passage par un BTS (brevet de technicien supérieur), un BTSA (brevet de technicien supérieur agricole) ou un DUT. Plus d’une centaine de spécialités différentes existent, mais toutes ne permettent pas de rejoindre une école d’ingénieurs. Les BTS et les DUT ayant un lien avec l’univers scientifique dans le domaine industriel ou agricole sont à privilégier.

Cette alternative conviendra à des étudiants ayant besoin de mettre du concret dans leurs études tout en ayant un encadrement semblable au lycée. Mais attention, la vocation première de BTS est de former des techniciens supérieurs prêts à rejoindre le marché du travail. Seuls 30% des diplômés d’un BTS  (les meilleurs étudiants) poursuivent leurs études à l’issue de leur formation. Dans les DUT, le taux de poursuite d’études est supérieur (de l’ordre des 50%).

Deux options s’offrent aux étudiants  :

i. Candidater directement après leur BTS à une école d’ingénieurs. Les candidats ayant eu d’excellents résultats durant leur BTS ou leur DUT peuvent envisager de candidater directement à des écoles une fois diplômés. Certaines écoles recrutent directement sur examen du dossier et entretien de motivation, tandis que d’autres recrutent via concours. La banque d’épreuves DUT-BTS regroupe 14 écoles publiques et privées (dont les arts et métiers) qui proposent un concours spécifiques aux étudiants issus des BTS. Attention, seules certaines mentions de BTS sont acceptées. Au programme de ces concours, une épreuve de maths, une épreuve à option (génie électrique, génie mécanique ou génie civil) et une épreuve d’anglais, complétées par des oraux.

ii. Faire un an de classe préparatoire ATS avant de candidater en école d’ingénieurs. Cette classe prépa en 1 an accessible après un BTS ou un DUT vous permettra de vous remettre à niveau sur les disciplines théoriques pour pouvoir intégrer des écoles sur dossier ou passer des concours. Deux filières de prépa ATS sont accessibles : ingénierie industrielle ou biologie. Certaines banques de concours sont exclusivement réservées aux élèves sortant d’une prépa ATS.

>>> Lire aussi : Intégrer une grande école sans prépa grâce aux admissions parallèles 

4. La fac

Steven Brewer (CC BY-SA 2.0)

Dernière façon d’intégrer une école d’ingénieurs : la fac. Que vous choisissiez de faire des maths, de la physique, de l’électronique, vous pouvez intégrer une école d’ingénieurs à l’issue de votre troisième année de licence (L3, bac+3) ou de votre première année de master (M1, bac+4). Près de 300 places sont offertes, sur concours, aux étudiants fakheux. 13 écoles dont Polytechnique et TELECOM ParisTech recrutent via l’admission universitaire grandes écoles d’ingénieurs.

Certaines universités proposent des parcours de licences consacrés à la préparation de ce concours. L’avantage de passer par la fac est de s’éviter la pression des classes prépa tout en acquérant un solide niveau de connaissances scientifiques.

>>> Lire aussi : Ils ont intégré Polytechnique, Normale Sup et HEC par une voie détournée

>>> En résumé, comment choisir ? <<<

> Les étudiants voulant se frotter aux concours des écoles d’ingénieurs les plus sélectives, ou souhaitant se donner du temps pour parfaire leur projet d’orientation, iront du côté des classes prépa scientifiques. Un bon moyen pour garder une ambiance lycée et un bon encadrement. Les 2 ou 3 ans en prépa sont durs et demandent un investissement de tous les instants.

> Les étudiants ayant déjà une idée du secteur où ils souhaitent évoluer pourront aller du côté des écoles d’ingénieurs post-bac. Moins stressantes, ces formations ont l’avantage de proposer très rapidement aux étudiants de se spécialiser. L’étudiant en école d’ingé post-bac devra faire preuve d’autonomie.

> Les DUT conviendront à des étudiants ayant envie d’avoir un encadrement sans la pression et le stress des concours en classe prépa. Durant deux ans, ils auront l’occasion de se perfectionner sur le plan technique sans laisser de côté la formation théorique.

> Les BTS intéresseront les candidats qui ont besoin de concret, de terrain. Souvent, l’intégration d’une école d’ingénieurs devra se faire après un passage par une année de prépa ATS pour une remise à niveau dans les matières théoriques.

> La fac est une bonne alternative à la prépa et aux écoles d’ingénieurs. Laissant du temps aux étudiants pour trouver leur voie, elle leur permet d’avoir une excellente formation théorique.

Et vous, avez-vous suivi un autre parcours atypique pour devenir ingénieur ? N’hésitez pas à le partager en commentaires !

Et pour découvrir le métier d’ingénieur en vidéo, je vous propose de regarder l’interview d’Aline Aubertin, présidente de l’association Femmes Ingénieurs et diplômée d’une école post-bac.

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Pourquoi il ne faut jamais tricher dans une fac américaine

alamobasement (CC BY 2.0)
alamobasement (CC BY 2.0)

Voilà deux mois que j’ai fait ma rentrée à l’Université de Valparaiso dans l’Indiana, près de Chicago. L’occasion, pour moi, de découvrir de nouveaux cours, de nouveaux camarades mais, surtout, un tout nouveau système éducatif.

Et s’il y a bien une chose que j’ai retenue en quelques semaines, c’est qu’il ne faut JAMAIS, au grand JAMAIS, tenter de tricher à un examen. Pourquoi ? Parce que la dénonciation est, ici, une pratique courante. Et les conséquences pour les étudiants pris en flagrant délit peuvent être désastreuses…

Des examens sans surveillants…

« Je n’ai jamais reçu, donné ou toléré une aide illégitime pour réaliser ce travail ». C’est par cette phrase que doivent se terminer tous les travaux notés que je réalise ici, dans mon campus américain. Ce serment solennel provient du Code d’honneur que tous les étudiants s’engagent à respecter. En clair, ils n’ont jamais triché, et n’aideront jamais personne à le faire.

Les premiers jours dans la fac, je notais un peu négligemment cette phrase, sans vraiment la comprendre. Mais c’est lors de mon tout premier examen qu’elle a pris tout son sens…

Pourquoi ? Parce que quelques minutes après avoir donné le sujet le prof est sorti de la salle pour retourner dans son bureau ! Une heure complète d’examen sans aucune surveillance. Très rapidement, je me suis imaginé tous les scénarios les plus fous. Des élèves sortant leurs cahiers, papotant entre eux pour se passer les réponses, utilisant leur téléphone pour gruger sur internet.

Mais étonnamment, pendant tout l’examen rien de tout cela. Tout le monde regardait fixement sa copie, et aucun bruit ne sortait de la salle. La raison ? Ce n’est pas au prof de surveiller l’examen, mais ce sont les élèves eux-mêmes qui se surveillent.

La dénonciation est une obligation

Dans le code d’honneur apparaît une règle particulièrement cruciale : tout élève qui surprendrait un camarade en train de tricher est obligé de le dénoncer.

Un extrait du formulaire de dénonciation de l'université... (DR)
Un extrait du formulaire de dénonciation de l’université… (DR)

C’est ainsi que sur le site de l’université, un formulaire tout entier est dédié à la dénonciation. « Date de la violation du code d’honneur », « Cours où elle a eu lieu », « étudiant accusé » : sur plusieurs lignes les étudiants doivent décrire le plus précisément possible la triche à laquelle ils ont assisté. Un autre étudiant témoin peut être cité pour corroborer l’accusation.

Mais les étudiants se dénoncent-ils vraiment ? Eh bien oui. Il y a à peine quelques jours, deux élèves d’une classe ont été dénoncés parce qu’ils avaient communiqué pendant un examen sans professeur.

Ainsi, qu’il s’agisse d’un petit mot glissé en douce, d’un regard négligent sur son téléphone ou d’un cahier « oublié » sur la table : tous les étudiants gardent un œil sur leur voisin.

Autant dire qu’on comprend que les profs puissent retourner siroter tranquillement un petit café dans leur bureau…

Un système basé sur la confiance

Ce système peut paraître étrange. Désuet. Malsain. On aurait envie de taxer les élèves-dénonciateurs de cafteurs. Peut-être. Mais il instaure un certain climat de confiance entre les profs, les élèves et l’université.

Ne nous mentons pas : traditionnellement pendant un contrôle, au collège ou au lycée en France, tout l’art des élèves sera de réussir à gruger le plus discrètement possible. J’ai souvenir d’un devoir sur table de Français, en 4ème, où la moitié des élèves avaient leur bouquin posé sur la table et le feuilletait quand la prof regardait ailleurs.

Ici, à l’université, avec les moyens de communication avancés, on pourrait tout à fait imaginer des tricheries aisées. Alors autant laisser les élèves seuls avec leur conscience, et sous la surveillance de leurs camarades.

Ne pas dénoncer : une forme de complicité

Un tout dernier point rend ce système extrêmement sournois : ne pas dénoncer c’est se rendre coupable de complicité !

Mettons qu’un élève X triche à un examen. Un autre élève Y situé juste derrière le voit et reste quelques secondes à regarder la tricherie en cours. Derrière Y un élève Z assiste à la scène et se rend compte que Y a tout vu. Si Z décide de dénoncer X, il précisera – dans son rapport – que Y a assisté, lui-aussi, à la scène. Mais si Y n’a pas dénoncé son camarade, alors il pourra être accusé d’avoir également triché.

Vous m’avez suivi ? En clair il vaut mieux ne rien voir et, si vous avez vu, vous n’avez pas d’autre choix que de dénoncer votre camarade, au risque de vous retrouver vous-aussi sur le banc des accusés…

Que risque-t-on à tricher aux USA ?

Retrouvez-moi sur mon tout nouveau compte snapchat ingenuingenieur pour découvrir en temps réel la vie sur un campus américain
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Si vous êtes dénoncé par un petit camarade, toute une procédure se met en place. Dans un premier temps, une enquête va être diligentée pour tenter de comprendre ce qu’il s’est passé. Vous serez notifié assez rapidement sa tenue. Cependant, vous ne connaîtrez jamais le nom de votre accusateur…

L’étudiant-accusé peut plaider coupable, coupable avec circonstances atténuantes ou non-coupable. Ensuite, il sera auditionné et devra faire la lumière sur toutes les circonstances de cette affaire. Enfin des sanctions allant jusqu’à l’exclusion pourront être prononcées contre lui…

En conclusion, il vaut, parfois, mieux assumer et avoir une mauvaise note que tenter le diable en fouinant dans son cahier…

Rendez-vous très prochainement pour une nouvelle chronique Made In USA. Et d’ici là, gardons le contact : sur mon tout nouveau compte snapchat « ingenuingenieur », sur ma page Facebook et sur mon profil Twitter !

>>> Et découvrez, aussi, mon bilan de deux ans en école d’ingénieurs, toutes les coulisses de ma rentrée dans une université américaine ou encore Le jour où le Wi-Fi est tombé en panne sur mon campus américain

C’est quoi un ingénieur : « Trouver mon premier emploi d’ingénieure n’est pas aussi facile que prévu »

On parle souvent du métier d’ingénieur comme ne connaissant, quasiment, pas le chômage et offrant des taux d’insertion professionnelle attrayants pour les jeunes diplômés. Oui mais voilà, tout n’est pas si rose dans le « paradis » de l’ingénierie. Secteurs bouchés, concurrence entre diplômés, exigences fortes de la part des entreprises : depuis plus de 6 mois, c’est ce qu’expérimente Coralie Astruc, une toute jeune diplômée.

Ingénieure spécialisée dans la Qualité, elle doit faire face à une rude concurrence dans ce secteur et se voit, souvent, reprocher son manque d’expérience professionnelle. « Le problème c’est que la plupart des employeurs considèrent que les stages que l’on peut faire dans le cadre d’une formation d’ingénieur ne sont pas de véritables expériences professionnelles », explique-t-elle. « Pourtant, en stage d’ingénieur et en projet de fin d’études, j’ai eu le sentiment d’être considérée comme une ingénieure à part entière, c’est assez paradoxal », poursuit-elle.

Le témoignage complet de Coralie Astruc est à retrouver, cette semaine, dans l’émission « C’est quoi un ingénieur » :

Et vous, avez-vous rencontré des difficultés d’insertion dans le milieu professionnel ? Quels conseils donneriez-vous à Coralie Astruc ? Vos réactions dans les commentaires !

Rendez-vous Mardi sur ce blog pour découvrir une nouvelle chronique de mon quotidien d’étudiant en échange aux Etats-Unis !

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C’est quoi « C’est quoi un ingénieur ? » : je vous dis tout sur cette émission TV !

Portrait vidéo de Véronique Torner, ingénieure et entrepreneure du numérique – C’est quoi un ingénieur ?

« C’est quoi un ingénieur ? » est de retour ! Tous les vendredi, je vous proposerai de découvrir un portrait vidéo inédit d’un.e ingénieur.e diplômé.e. L’objectif ? Tenter d’y voir un peu plus clair sur ce que peut être le quotidien à la sortie d’une école d’ingé.

Et cette semaine, c’est Véronique Torner qui s’est prêtée au jeu des questions réponses. Diplômée de l’école CPE Lyon, elle est à la tête d’Alterway, une PME de 120 personnes dans le domaine de l’opensource, qui réalise près de 12 millions de chiffre d’affaires tous les ans.

Etudes en classe préparatoire, parcours entrepreneurial, et responsabilités multiples : à quoi ressemble le quotidien d’une ingénieure diplômée ? La réponse dans l’émission de la semaine !

 

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C’est quoi un ingénieur : une émission pour découvrir le « métier » d’ingénieur

Il y a un an et demi tout juste, je publiais ici même ma toute première note de blog, « Dis papy, c’est quoi un ingénieur ». J’y racontais la difficulté que je ressentais, en intégrant une école d’ingé, de savoir concrètement à quoi ressemblerait mon quotidien une fois diplômé.

Mon propos se résume en un slogan : « Ingénieur : un métier qui fait rêver, mais une profession assez cachée » !

Vous avez été très nombreux à réagir et à apporter votre témoignage sur le métier d’ingénieur. A l’image de Beone, par exemple, qui explique que selon lui, « l’ingénieur est une personne qui, en étant spécialiste de rien, saura trouver les connaissances et les compétences nécessaires, par lui-même ou en s’appuyant sur d’autres personnes, pour faire aboutir un projet ». Ou encore, Rien, qui confie que « Ingénieur est à la fois un titre, un statut, un poste, un métier, et un niveau d’étude (le fameux « bac+5″). Sans parler de l’ingénierie qui est à la fois une discipline et une « méta-discipline » (« ingénierie informatique », « ingénierie physique », « ingénierie financière ») ».

Pas facile de s’y retrouver… J’ai, donc, décidé de vous donner la parole et j’ai réalisé des entretiens filmés avec des ingénieurs en poste. Ils m’ont parlé de leur parcours, de leur job au quotidien et de la vision qu’ils ont de leur profession.

Ces émissions seront à retrouver à partir du lundi 9 mai 2016 sur Demain.TV, Ma Chaîne Étudiante et ici même, sur Le Monde Campus. Alors rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir la première de « C’est quoi un ingénieur », et d’ici là je vous laisse avec la bande annonce du programme !

Et d’ici là, rendez-vous sur Facebook et sur Twitter !