Parcoursup 2018 : des couacs dans le dispositif « meilleurs bacheliers »

École polytechnique – J.Barande (CC BY-SA 2.0)

Avec ses 20/20 au bac S 2018 en maths, en physique et en sciences de l’ingénieur, Victor (*), lycéen de La Réunion, comptait sur le dispositif « meilleurs bacheliers » sur Parcoursup pour obtenir une place dans la classe préparatoire de son choix. Instauré en 2014 et modifié depuis, ce système aurait dû lui permettre, à lui comme aux autres 10% de meilleurs bacheliers de sa filière et de son lycée ayant eu une mention, d’obtenir un ticket coupe-file dans ses formations préférées sur Parcoursup.

Mais depuis le 6 juillet, jour de publication des résultats du bac 2018, rien n’a changé dans le dossier Parcoursup de l’élève réunionnais. « Je suis toujours en attente sur la classe préparatoire que je souhaiterais rejoindre. » Il a tenté d’obtenir des explications, avec sa famille. En vain. « Nous avons commencé par contacter le rectorat de La Réunion juste après le bac, détaille sa mère. On nous a alors informés que la procédure n’était pas encore en place. Et puis quelques jours plus tard on nous a informés que Victor était bien dans les meilleurs bacheliers et qu’il fallait attendre. »

« Un autre bachelier avec un moins bon dossier lui est peut-être passé devant »

Pour Victor, ce délai semble s’éterniser. « Dès le lendemain du bac on pouvait lire sur Twitter le témoignage d’élèves qui avaient pu bénéficier de ce dispositif, poursuit sa mère. Mais rien pour nous. » La famille contacte alors le rectorat de Nantes où Victor souhaiterait étudier, sans davantage de succès. Elle apprend cependant que le programme « meilleurs bacheliers » est bien en place là-bas, ce qui lui fait craindre de ne pas pouvoir en bénéficier : « Chaque formation ne fait remonter qu’un ou deux dossiers de meilleurs bacheliers, s’inquiète la mère de Victor. Un autre bachelier avec un moins bon dossier lui est peut-être passé devant. »

Contacté la semaine dernière, le Ministère de l’enseignement supérieur renvoie vers le rectorat de La Réunion qui assure que le dispositif a bien été lancé. « Il faut attendre que des places se libèrent pour qu’elles profitent aux candidats », précise-t-on. Une information étonnante puisque les places proposées sont censées être distinctes de la procédure normale. Mais ce que Victor ne comprend pas, c’est que sa position sur la liste d’attente de la prépa qu’il vise évolue quotidiennement. « Je gagne des places tous les jours dans cette formation, c’est bien la preuve que des places se libèrent», soupire-t-il. Sollicité pour obtenir davantage d’informations sur l’implémentation concrète de ce dispositif, le Ministère de l’enseignement supérieur n’a pas donné suite à nos messages.

Comme Victor, des « meilleurs bacheliers » d’autres académies nous confient ne pas avoir reçu de propositions via ce dispositif. « C’est le flou total. On nous dit que l’on est meilleurs bacheliers, mais on ne nous donne aucune information sur la manière dont fonctionne le système », s’insurge un candidat de l’académie de Créteil.

« Le dispositif est entièrement manuel »

Comment expliquer les difficultés autour de ce dispositif ? Le rectorat de Créteil apporte des éléments de compréhension. « Il n’y a aucun algorithme qui fait remonter automatiquement les candidats meilleurs bacheliers sur les listes d’attente des formations, tout est manuel, détaille un  membre du service communication. Ce sont des commissions qui se réunissent et décident au cas par cas en fonction des places disponibles de remonter tel candidat dans telle formation. » Un système qui peut être cause de lenteurs et d’oublis, et présente surtout un défaut majeur : « Nous ne nous occupons que des candidats ayant passé le bac dans notre académie et nous n’avons  de visibilité que sur les formations de notre académie », explique le rectorat. En clair, si le dispositif s’applique de la même façon dans les autres rectorats, un meilleur bachelier, comme Victor, ne pourra bénéficier du coup de pouce « meilleur bachelier » que pour des formations situées dans son académie. Or il est fréquent de candidater en dehors de celle-ci, notamment en classes prépas où l’origine géographique des candidats n’est pas prise en compte. Et c’est tout particulièrement vrai pour les bacheliers de l’outre-mer, où l’offre de formations est très limitée… Une information que le Ministère n’a pas souhaité commenter, malgré nos relances.

Pour en avoir le cœur net, nous nous sommes replongés dans les algorithmes de Parcoursup publiés le 21 mai. Rien ne concerne les meilleurs bacheliers. Un oubli ? « À ma connaissance, les meilleurs bacheliers sont remontés en haut des classements et profitent les premiers des places disponibles. L’algorithme qui envoie les propositions n’est pas modifié », précise Hugo Gimbert, l’un des concepteurs des algorithmes, sur son compte Twitter. Ce tweet semble donc confirmer donc qu’aucun algorithme ne s’occupe de remonter les candidats.

L’an dernier, le dispositif meilleurs bacheliers avait permis à 1 060 candidats d’obtenir une place dans une formation sélective.  Cette année, le dispositif a été remanié pour toucher un plus grand nombre de candidats. Principale nouveauté : il a été étendu aux formations non-sélectives (licences, Paces), à condition d’y avoir formulé un voeu et de l’avoir maintenu jusqu’aux résultats du bac le 6 juillet. Mais le nombre de places réservées à ce dispositif et son fonctionnement précis demeurent inconnus.

(*) le prénom a été modifié.

Guillaume Ouattara, blogueur-invité au Monde Campus

Bac : fausses fuites de sujets, vrais effets

Pete (CC BY 2.0)

« J’ai mis l’éducation nationale en PLS [position latérale de sécurité]. »  Depuis deux jours Damien (*) fanfaronne sur les réseaux sociaux. Il faut dire que ce candidat au bac s a fait fort ; créer un faux sujet du bac 2018 d’histoire-géographie qui, additionné à d’autres fausses fuites suffisamment crédibles sur jeuxvideo.com, a incité le Ministère à recourir à des sujets de secours.

À l’origine de ce canular, Damien voulait « faire réviser » ses camarades de filière scientifique. « Je voulais que ceux qui avaient fait des impasses révisent les chapitres sur le Moyen-Orient et la gouvernance mondiale », confie-t-il. Alors avec ses amis il fabrique un faux sujet, s’inspire de la mise en page officielle, reprend des intitulés tombés les années précédentes et ajoute un texte « pris au hasard » sur internet en guise d’analyse de documents. Puis il partage une photo du document sur Twitter. Magie des réseaux sociaux ses fausses informations sont retweetées près de 200 fois.

Très vite William, un internaute vigilant, détecte le fake et tente d’alerter les bacheliers. « La mise en page ne collait pas et il y avait une faute d’orthographe dans l’énoncé », soupire-t-il. Mais le lendemain, surprise ; des sujets de secours sont distribués en lieu et place du sujet original. Le Ministère déclare, alors, avoir pris cette décision face à des « rumeurs non avérées de fuite. »

De trop bons pronostics

Mais si les sujets étaient faux, pourquoi une telle décision ? En fait, il se pourrait bien que Damien ait vu juste dans ses pronostics. Sur Twitter, une candidate raconte que sa professeur aurait vu les vrais sujets qui auraient dû tomber mardi. Les thèmes abordés ? Les USA, la gouvernance mondiale et le Brésil. Deux des trois thèmes du faux-sujet de Damien. Contacté à ce sujet, le Ministère de l’éducation nationale refuse de faire tout commentaire sur ce coup de chance. « Le recours à des sujets de secours n’a eu aucun impact sur le déroulement de l’épreuve, précise-t-on rue Grenelle, nous préférons ne pas commenter cette affaire. »

Comme l’explique le directeur de la maison des examens d’Île-de-France au Monde, « le recours à un sujet de secours est toujours justifié par le principe de précaution et le respect du principe d’équité de traitement des candidats devant l’examen en évitant ainsi de laisser penser dans l’opinion publique que certains candidats auraient pu être avantagés ou lésés par rapport à l’ensemble des candidats. »

Les bacheliers s’improvisent oracles

Pour Damien et son faux sujet, c’est un véritable aboutissement. Aux internautes qui le remercient d’avoir fait fuiter un sujet, le bachelier se fend d’un modeste « de rien, je suis là pour ça. » En privé, le jeune homme semble pourtant moins exubérant. « Je ne pensais pas que cela prendrait autant d’ampleur en si peu de temps, je regrette pour les candidats n’ayant pas été à l’aise avec les sujets de secours. »

Si le candidat ne risque pas grand chose, sa fausse fuite n’a pas été sans conséquence. Il a fallu acheminer à la dernière minute les sujets de secours dans les centres d’examen.

Comme lui, des dizaines de candidats jouent aux oracles sur les réseaux sociaux ou les forums. À côté des traditionnels pronostics, certains internautes essaient de faire croire qu’ils sont en possession de fuites de sujet. Leur objectif ? Perturber, comme Damien, le cours normal des examens. Ainsi, l’expression « fuite du bac » sur Twitter renvoie vers des dizaines de tweets sans fondement. Qu’importe. Leurs auteurs gardent en tête l’exploit de Chaldeen, internaute qui avait fait fuiter des sujets du bac de maths en 2011, entraînant la neutralisation de l’un des exercices.

Par exemple mercredi-soir, sur Twitter, des candidats s’échangeaient la capture d’un prétendu sujet mis en vente à 500 euros.

Au programme ? Un exercice sur le hand spinner dont la description provenait tout droit de Wikipédia. Un fake grossier. « Ce genre de fausses fuites m’énerve, peste William, l’internaute vigilant. Ça se propage extrêmement rapidement sur les réseaux sociaux. Tout le monde le partage. Je ne comprends pas l’intérêt des gens à l’origine de tout ça. Certes, ils ont leur moment de gloire, mais au final ça ne sert à rien, les sujets de secours sortent… »

Le Ministère scrute les réseaux sociaux

Mais parmi toutes ces fausses informations se glissent parfois de vrais coups de pouce. Ainsi, l’an dernier sur Twitter des élèves s’échangeaient l’intitulé d’un sujet de composition d’éco-droit distribué par erreur dans un lycée du jura. Très vite détectée, cette fuite avait entraîné la neutralisation de la question fuitée.

Il faut dire que le Ministère de l’éducation nationale surveille de très près ce qui s’échange sur les réseaux sociaux. « Nous avons un bureau de veille et d’étude qui scrute quotidiennement les échanges sur les forums et les réseaux sociaux », détaille le Ministère. Qu’importe. Les bacheliers-oracles continuent à œuvrer sur les réseaux sociaux et à fabriquer leurs faux sujets en espérant, un jour, tomber juste.

(*) : le prénom a été modifié

Guillaume Ouattara, blogueur-invité Le Monde Campus

Bac 2018 : Quels programmes d’antisèche rentrer dans sa calculatrice ?

LordFerguson (CC BY-SA 2.0)

La session 2018 du bac débutera la semaine prochaine. Le jeudi, les élèves de terminale s composeront sur l’épreuve de physique-chimie. Le lendemain, les élèves de terminale es et s plancheront sur les maths. Cette année, les calculatrices scientifiques sans le mode examen auraient dû être interdites pendant les épreuves. Mais le gouvernement a finalement fait machine arrière et les élèves pourront utiliser leur calculette pour les épreuves scientifiques, sans avoir à activer le mode examen.

Ainsi, comme tous les ans de nombreux bacheliers installeront des programmes antisèches dans leur calculatrice. Du simple pense-bête de formules à la véritable encyclopédie de cours : tout est possible avec sa TI ou sa Casio.

Mais attention : pour que ces programmes soient vraiment efficaces, il faut les installer avec parcimonie et intelligence. Voici quelques conseils pour que votre calculatrice devienne une alliée pendant les épreuves du bac.

La très mauvaise idée : télécharger des programmes de triche sur le net

Avoir tous ses cours de terminale sur sa calculatrice peut paraître tentant pour le bac. De nombreux sites internet vous proposent d’ailleurs de télécharger des packs tout-en-un avec l’intégralité des cours de physique et de maths (formules et démonstrations comprises).

Cette solution me paraît extrêmement mauvaise. Car, pendant les 4h d’épreuves de maths ou les 3h30 de physique, vous n’aurez clairement pas le temps de consulter ces véritables encyclopédies électroniques.

Pire encore, pensant avoir à votre disposition tous vos cours, vous aurez tendance à négliger vos révisions et vous risquez de vous retrouver complètement perdu dans les différentes formules le jour J. Et si votre sujet interdit les calculatrices, c’est la page blanche assurée.

Alors oui, les calculatrices peuvent être une petite aide, un support « au cas où », mais en aucun cas elles ne doivent se transformer en extension de votre cerveau.

Se confectionner des programmes personnalisés

Du coup, soyez bien plus malins. Utilisez votre calculatrice pour inscrire quelques pense-bêtes, des formules qui vous rassureront le jour J. Pour que ces programmes soient efficaces, basez-vous sur les formules dont vous avez eu le plus besoin en faisant des annales. L’objectif est de vous rassurer le jour J, de ne pas passer des heures à retrouver une formule que vous auriez oubliée.

En maths, par exemple, il peut être intéressant de se noter les règles de calcul avec les exponentielles, les logarithmes ou encore quelques dérivées et primitives dont vous ne vous rappelez jamais.

En physique, des formules cinétiques ou bien de transformations chimiques peuvent se révéler utiles.

Bref, l’idée est de vous concocter des programmes personnalisés qui correspondent à vos besoins et que vous maîtriserez le jour J.

Des algorithmes pour aller plus vite

Il est également très judicieux de vous programmer un petit algorithme pour  calculer les racines des polynômes du second degré (vous trouverez des tutos un peu partout sur internet). Ainsi, vous serez plus efficace sur les questions simples et pourrez concentrer votre énergie sur les exercices plus difficiles.

Deux règles d’or, donc, pour ces programmes d’aide sur la calculatrice : ils doivent venir de vous et doivent être utilisés avec parcimonie. Adieu donc définitions entières et bonjour petits algorithmes coup de pouce.

Et n’oubliez pas que disposer d’un programme sur sa calculette ne doit pas vous empêcher de connaître parfaitement votre cours.

Programmer, est-ce tricher ?

Au fait, programmer sur sa calculatrice, est-ce bien légal ? Une circulaire officielle encadre l’usage des calculettes dans les examens et elle n’émet aucune restriction quant au contenu sur ces dernières.

Vous êtes donc libres d’inscrire tout ce que vous voulez sur votre calculatrice.

En 2018, les calculatrices programmables auraient dû être interdites. Mais face à la complexité de mise en œuvre de cette réforme, l’interdiction n’entrera finalement en vigueur que pour la session 2019 du baccalauréat.

Des professeurs-tricheurs : ça existe

Pour la petite anecdote, sachez que certains de vos profs ont peut-être utilisé, comme vous, leur calculatrice pour leurs concours. C’est en tout cas ce qui ressort d’un commentaire publié sur mon blog très récemment.

Les candidats aux épreuves d’agrégation de chimie sont assez forts dans l’art de la triche avec calculatrice. Ils n’hésitent pas à prendre en photo des livres entiers de chimie organique pour simplifier leur examen. Voici par exemple le témoignage d’une agrégée de chimie : « Je fais des fiches récapitulatives que je prend en photo et que je mets dans ma calculatrice (Ti NSpire). En chimie orga, je trouve un bouquin (le Rebasso, je crois) où toutes les réactions chimiques sont récapitulées. Hop, en photo dans la calculatrice ».

Alors élèves de terminale : utilisez, avec intelligence, les technologies qui s’offrent à vous. Et surtout : bon courage pour vos révisions et les épreuves !

Guillaume Ouattara, blogueur-invité Le Monde Campus.

Retrouvons-nous sur Facebook et sur Twitter pour poursuivre la discussion.

Parcoursup 2018 : risque d’erreur lors des validations sur l’application mobile

École polytechnique – J.Barande (CC BY-SA 2.0)

Des lycéens ont-ils été victimes d’un bug sur l’application pour téléphone portable de Parcoursup ? C’est en tout cas le sentiment de plusieurs d’entre eux qui décrivent la même situation : une proposition d’admission dans une formation, qu’ils étaient certains d’avoir acceptée sur l’application leur est apparue le lendemain comme abandonnée.

Andréa fait partie des candidats concernés. Mardi 22 mai, dès le début des réponses sur le site Parcoursup, elle a l’agréable surprise d’être acceptée dans un BTS design graphique. “J’étais sur liste d’attente dans tous mes autres vœux, du coup j’ai un peu attendu avant d’accepter la proposition”. Le lundi 28 mai au matin, elle se connecte à l’application Parcoursup sur son smartphone et valide la proposition, tout en maintenant son vœu sur une formation qu’elle préfère et qui l’a placée en liste d’attente. Un message sur l’application lui annonce que son choix a été pris en compte. Elle se déconnecte, rassurée

Mais le lendemain, c’est la douche froide : “sur Parcoursup, il y avait noté que faute de réponse dans les délais, j’abandonnais ma place en BTS, raconte-t-elle. Et étonnamment, tous les vœux en attente que j’avais supprimés avaient réapparu”. Paniquée, la lycéenne compose le numéro vert de Parcoursup. Après une heure d’attente, elle réussit à parler à une conseillère. “Elle ne me croyait pas, elle pensait que je n’avais pas validé le vœu dans les temps. Mais j’étais certaine d’avoir eu un message de confirmation.” Finalement après quelques minutes d’explications, la conseillère au bout du fil la réintègre dans la formation… mais sur liste d’attente. Jeudi matin, en se reconnectant sur la plateforme, la lycéenne est de nouveau acceptée dans le BTS en question.

“Le logiciel lui indique qu’elle a renoncé à tout”

Comme elle, plusieurs lycéens ont l’impression d’avoir été victimes d’un bug de la plateforme, qui ne semble toucher que l’application mobile. Sandrine, mère d’une élève de terminale ES a vécu la même situation. “Mardi après-midi, ma fille a découvert, en pleurs, que son vœu en fac de droit qu’elle avait accepté sur son smartphone apparaissait désormais comme abandonné.” La mère et sa fille contactent aussitôt la plateforme d’appel de Parcoursup. “Au bout du fil, la conseillère m’a indiqué que ce n’était pas la première fois de la journée qu’ils devaient faire face à cette situation, détaille Sandrine. Elle a été réintégrée dans cette fac de droit, mais sur liste d’attente.” Le lendemain matin, au réveil, sa fille découvre qu’elle est à nouveau acceptée dans la formation. “Ça nous a toutes les deux soulagées, sourit Sandrine, mais on ne comprend vraiment pas comment cette situation a pu se produire.

Combien de candidats ont connu un tel problème sur Parcoursup ? Impossible le quantifier pour le moment. Thibaut Marchal, professeur de SES au lycée Jules Ferry de Versailles raconte : “Une de mes élèves a obtenu un « oui » (définitif) pour des langues à La Sorbonne. Lundi 28 au soir entourée de ses amies, elle valide ce vœu (qui apparaît alors en vert sur son écran) et renonce aux autres qui étaient « oui – en attente ». Ce matin en tant que Professeur principal je consulte les réponses de mes élèves et m’aperçois qu’elle est indiquée en rouge comme ayant quitté Parcoursup. N’ayant pas souvenir qu’elle ait passé un concours d’école hors Parcoursup, je l’interpelle et lui demande où elle va l’an prochain. Elle me répond, confiante, à La Sorbonne. Je lui dis qu’elle n’est plus indiquée comme inscrite dans Parcoursup, ce qu’elle s’empresse de vérifier sur son smartphone. Elle s’effondre en larmes… le logiciel lui indique qu’elle a renoncé à tout.” Comme les autres candidats dans cette situation, l’élève contacte immédiatement le numéro vert et se voit attribuée une place en liste d’attente. Ce mercredi, en se reconnectant sur Parcoursup une place lui a été à nouveau proposée.

“Aucun bug n’a été détecté”

Contacté, le rectorat de Versailles indique que plusieurs candidats lui ont soumis ce problème de validation. “Nous avons réintégré les candidats en première position de liste d’attente sur leur vœu, il n’y a pas d’autre solution”, indique Dominique Patard, attachée de presse du rectorat.

Du côté du Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, on indique qu’“aucun bug n’a été détecté”. “Nous avons pris connaissance de messages sur les réseaux sociaux, mais ni l’analyse du site, ni celle de l’application nous ont permis de constater un quelconque bug”, précise-t-on au Ministère. Et de souligner qu’“à chaque fois qu’une telle situation s’est produite, les élèves ont pu être replacés en liste d’attente.

Mais comment expliquer cette situation ? “il peut y avoir des problèmes de validation sur l’appli, certains boutons sont trop petits », explique Dominique Patard, au rectorat de Versailles.Il y a des risques d’erreurs de réponses causées par la manipulation beaucoup moins aisée sur téléphone portable que sur un ordinateur.” confirme le centre d’information et d’orientation Médiacom. De part et d’autre, les conseils sont clairs : « pour toute action importante sur le dossier Parcoursup, comme la réponse à une proposition, il convient de se connecter depuis un ordinateur et non depuis un téléphone ou une tablette.»  Dans le rectorat de Versailles, cette consigne est diffusée aux étudiants depuis plusieurs mois.

Guillaume Ouattara, blogueur-invité Le Monde Campus

Que révèle une première analyse du code source de Parcoursup ?

Startup Weekend Compiègne (CC BY-ND 2.0)

Ce lundi 21 mai, veille de l’ouverture de Parcoursup pour les élèves de terminale et ceux se réorientant, le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation a publié une partie du code source de la plateforme Parcoursup.

Au total, ce sont près de quarante fichiers informatiques qui ont été dévoilés par le ministère. À cela il faut ajouter une documentation technique d’une vingtaine de pages qui détaille, à chaque fois, les choix techniques opérés dans Parcoursup. Une première analyse de ce code source révèle quelques informations intéressantes sur le fonctionnement de la plateforme.

Que contiennent les documents fournis par le ministère ?

Le ministère n’a pas fourni l’intégralité du code source de la plateforme Parcoursup, mais simplement les algorithmes « utilisés pour déterminer quotidiennement les propositions d’admission qui sont transmises. »

Pour bien comprendre cette idée, il convient de reprendre le schéma de fonctionnement de Parcoursup :
1. Les candidats émettent des vœux sur la plateforme
2. Les formations reçoivent les candidatures et les classent
3. La plateforme parcoursup envoie les propositions aux candidats

Le code publié correspond à cette troisième phase, celle de la transmissions des propositions d’admission aux candidats. Ainsi, du fonctionnement des « algorithmes locaux » utilisés pour trier les candidats, on ne saura rien. Seule la phase d’affectation des candidats dans les formations est présentée.

On pourrait penser que cette étape consiste simplement à retranscrire aux candidats le classement effectué par les formations. En réalité, ça n’est pas le cas. Trois points majeurs ressortent de l’analyse.

1. Parcoursup retrie les listes de candidats fournies par les formations

Première découverte : l’algorithme de Parcoursup retrie les candidats. En clair, si un candidat est classé 15ème sur la liste fournie par un BTS informatique, il se peut que Parcoursup décide de le classer 30ème. Ce reclassement est opéré sur la base de deux critères : un taux minimum d’élèves boursiers et un taux maximum de non-résidents.

En clair, Parcoursup peut décider de remonter certains candidats boursiers sur la liste et de redescendre des candidats qui seraient non-résidents ; qui ne viendraient pas de la « zone géographique » de la formation. Dès lors, les boursiers résidents sont prioritaires dans les listes. Ainsi, Parcoursup distingue le « classement pédagogique » opéré par les formations de « l’ordre d’appel » recalculé par les algorithmes pour tenir compte de ces critères.

Pour bien comprendre cette idée, prenons un exemple tout simple. Si une formation reçoit 500 candidatures, classe les élèves de 1 à 500 et que le premier élève boursier se trouve à la 69ème place, l’algorithme le remontera automatiquement à la première place.

2. Le casse-tête du « nombre de propositions d’admission »

La publication de l’algorithme de Parcoursup permet également de mettre en lumière un véritable casse-tête pour les formations : celle du « nombre de propositions d’admission » ; le nombre de candidats à appeler à chaque tour.

Pour bien comprendre cette idée, prenons un exemple concret. Mettons que vous êtes la directrice d’un IUT informatique de 50 places. Vous avez reçu 1000 candidatures et classés 500 candidats. Votre questionnement est simple : combien de candidats accepter et combien mettre sur liste d’attente ?

Avant, avec APB, les candidats classaient leurs vœux selon leur préférence. Et, dès qu’ils étaient retenus dans une formation, ils libéraient automatiquement les vœux qui étaient situés en-dessous dans leur classement. Ces places étaient immédiatement affectés à des candidats classés plus bas dans la liste de votre formation. Ainsi, cette question du nombre de candidats à appeler n’avait pas de sens.

Mais désormais sur Parcoursup les candidats ne classent plus leurs voeux. Ainsi, un candidat peut recevoir plusieurs propositions d’admission. Avant, dans votre IUT, l’algorithme voyait que les 100 premiers candidats étaient pris ailleurs, il proposait votre formation à des candidats classés plus bas dans la liste. Parcoursup n’a plus cette possibilité.

Dès lors, si vous ne dites oui qu’aux 50 premiers et mettez les 450 autres sur liste d’attente, vous avez la quasi certitude qu’ils ne viendront pas et vous devrez attendre leur désistement pour proposer les places aux 50 candidats suivants sur votre liste. Du coup, Parcoursup propose deux palliatifs : le « taux d’appel supplémentaire » et le « rang limite d’appel« .

> Le taux d’appel supplémentaire est un pourcentage que vous ajoutez à votre capacité de base et qui ne doit pas dépasser 20%. Ainsi, vous pouvez choisir d’appeler les 60 premiers candidats de votre liste.

> Le rang limite d’appel est un rang que vous fixez dans votre liste et jusqu’auquel vous dites oui aux candidats. Si les années précédentes les admis dans votre IUT étaient du rang 250 à 310, vous pouvez décider de dire « oui » à 300 candidats au lieu de 50.

Ce « rang limite d’appel » se nomme un overbooking. C’est un pari assez risqué puisque si 80 des 350 candidats auxquels vous avez répondu oui décident de venir dans votre formation, vous serez obligé de les accepter. Toutes les formations ne pratiquant pas cet overbooking, on risque de se retrouver avec un processus de remplissage des formations bien plus long.

3. La délicate question des places en internat

Une dernière difficulté ressort de cette analyse ; c’est la question de la gestion des places en internat. Le sujet est très complexe et, à la lecture des différents documents fournis par le ministère, on se rend compte qu’il a dû tirailler les équipes techniques.

Le problème est le suivant : certaines formations proposent à leurs étudiants des places en internat. Dans ce cas, elles effectuent deux tris. Un tri des candidats pour rejoindre leur formation en se basant sur leur niveau académique. Un tri des candidats pour venir dans l’internat en se basant sur des critères sociaux.

Comme les formations peuvent pratiquer de l’overbooking, si elles disent « oui » à trop d’étudiants ayant demandé l’internat, alors elles risquent de se retrouver en sureffectif. Un critère a, donc, été mis en place pour limiter le nombre de propositions faites aux candidats en internat.

Quelques questions autour de l’algorithme de Parcoursup :

> Avec cet algorithme, sait-on comment les formations ont trié les candidats ? Non. Ce tri a été effectué par chaque formation sur des critères qui leur sont propres.

> Les candidats redoublants sont-ils pénalisés par l’algorithme de Parcoursup ? Non. Rien dans les éléments publiés ne montre une quelconque pénalisation des candidats qui auraient redoublé par le passé. Certaines formations très sélectives ont pu, ponctuellement, intégrer ce critère de redoublement pour leur tri, mais cette pratique n’est en rien généralisée.

> Les candidats en réorientation sont-ils pénalisés dans les classements ? Là encore, aucun élément de l’algorithme publié ce lundi ne met en avant de pénalisation de ces profils de réorientés. Il faut savoir qu’avec APB, certaines pénalités étaient placées d’office sur leurs dossiers. Désormais ce sont les formations qui décident de la manière dont elles souhaitent trier les candidats en réorientation.

> Pourquoi 400 000 candidats vont-ils se retrouver ce soir sur liste d’attente ? Frédérique Vidal l’a annoncé ce matin sur France Inter : 400 000 candidats n’auront pas d’affectation à 18h sur Parcoursup. Cela est dû à la fin de la hiérarchisation des vœux sur Parcoursup. Désormais, un candidat pourra recevoir plusieurs propositions d’admission. Dès lors, les candidats avec les meilleurs dossiers auront ce soir jusqu’à 10 propositions. Les autres candidats seront sur liste d’attente et devront attendre les désistements qui arriveront au fil de l’eau. J’avais détaillé ce système dans une précédente note de blog.

> Lire aussi : Parcoursup : la sensible question des listes d’attente

Guillaume Ouattara, blogueur-invité Le Monde Campus

Parcoursup : gare à l’« overbooking » des formations sélectives

Pete (CC BY 2.0)

Dans un peu plus d’un mois, les 810 000 élèves inscrits sur Parcoursup obtiendront les premières réponses aux voeux qu’ils ont formulés. Pour l’heure, les différentes formations trient et classent les candidatures reçues.

Mais cette étape de classement des candidats s’avère plus compliquée que prévue pour les formations sélectives (prépa, BTS ou encore DUT). En cause ? La fin de la hiérarchie des voeux des candidats. Pour éviter la pénurie d’étudiants à la rentrée, certaines formations sélectives pourraient procéder à un « overbooking » des candidats. En clair, accepter beaucoup plus d’élèves que de places disponibles pour la formation. Un système qui n’est pas sans risques.

Les conséquences de la fin de l’algorithme d’affectation

Pour bien comprendre ce qui est en jeu ici, il convient de revenir sur les transformations engendrées par Parcoursup. Jusqu’à l’an dernier sur APB, l’admission dans le supérieur se faisait grâce à un système de listes. Les candidats classaient différents voeux selon leurs préférences, et les formations classaient les candidats selon leurs résultats. Un algorithme d’affectation venait ensuite faire « matcher » les voeux des candidats et le classement des formations. Dès qu’un candidat était admis dans un établissement il démissionnait automatiquement de ses voeux classés en bas de sa liste et libérait ainsi des places. Tout se faisait automatiquement avant la première phase.

Prenons le cas d’une prépa de proximité de 40 places. L’un des enseignants chargés de l’admission détaille le fonctionnement. « L’an dernier, avec APB, nous recevions 2000 candidatures. Sur toutes ces candidatures, nous sélectionnions 400 candidats que nous jugions potentiellement aptes à rejoindre notre prépa ». Les candidats étaient ensuite classés selon leurs résultats. « Pour beaucoup d’élèves, notre prépa est un voeu de secours, détaille l’enseignant. Sur les 400 candidats classés, les 150 premiers partaient le plus souvent dans une prépa plus prestigieuse et libéraient leur place ».

Ainsi, les 40 places de la prépa étaient attribués à des élèves apparaissant plus bas dans le classement (du rang 100 à 250, par exemple). « Grâce à ces algorithmes d’affectation, dès le premier tour d’APB 70% des places pouvaient être attribuées ».

Mais cette année, avec Parcoursup, les élèves ne hiérarchisent plus leurs voeux et peuvent être admis dans plusieurs formations à la fois. Conséquence ? Ils ne libèrent plus automatiquement leur place et l’algorithme d’affectation ne peut plus fonctionner.

« Avec l’overbooking, nous sommes sûrs de remplir plus rapidement nos places » 

Reprenons l’exemple de notre prépa de proximité. Cette année, avec Parcoursup, elle a également reçu 2000 candidatures pour 40 places. À nouveau elle sélectionne 400 candidats potentiels. Mais contrairement à l’an dernier, il n’y a plus d’algorithme pour affecter les candidats dans la formation. Du coup, la prépa est placée face à un dilemme pour remplir ses 40 places.

La première option, la plus naturelle, est de dire oui aux 40 premiers candidats et de mettre les autres sur liste d’attente. Mais ces candidats sont ceux avec le meilleur dossier qui non seulement seront pris par cette prépa de proximité mais également dans des prépas beaucoup plus prestigieuses. « On sait pertinemment que les candidats en haut de notre liste ne viendront pas dans notre prépa de proximité, détaille l’enseignant. L’an dernier, avec APB, ce type de candidats libérait automatiquement leur place puisqu’ils nous classaient en dessous du voeu où ils étaient pris. Ce ne sera plus le cas avec Parcoursup ». En clair, si la prépa suit cette option, elle devra attendre que les 40 candidats signifient qu’ils sont pris ailleurs, puis elle répondra « oui » aux 40 candidats suivants sur liste d’attente et ainsi de suite. Il faudra donc de nombreuses semaines à la prépa pour remplir ses 40 places.

L’autre option de la prépa est de se baser sur son historique APB pour anticiper le nombre de candidats qui répondront favorablement. Si l’an dernier les 40 admis étaient classés, dans sa liste, du rang 100 à 250, plutôt que de dire « oui » à 40 candidats, la prépa peut procéder à un overbooking et dire « oui » à 250 candidats. Ainsi, elle est certaine de remplir ses 40 places. Comme l’an dernier, ceux avec un meilleur dossier iront ailleurs et les autres rejoindront la prépa. Mais cette option est un véritable coup de poker. « Avec cet overbooking, nous sommes sûrs de remplir plus rapidement nos 40 places, mais nous prenons le risque que trop de candidats acceptent la proposition », s’inquiète l’enseignant. Un peu comme les compagnies aériennes vendant plus de places en pariant sur des défections de dernière minute, ces formations parient sur la non-venue de centaines de candidats.

Cette solution d’overbooking est un véritable palliatif à la disparition de l’algorithme d’affectation. Mais comment sera-t-elle mise en place concrètement ? Dans une note interne, le Ministère détaille le fonctionnement pour les établissements d’enseignement supérieur. Cet overbooking est appelé « rang du dernier candidat à appeler ». Et le Ministère de préciser : « Le chef d’établissement peut décider de gérer son appel de candidats sur la base d’un rang d’appel qui excède le nombre de candidats à appeler ; il devra définir le rang du dernier candidat à appeler. Ce système garantit ainsi aux formations l’appel d’un nombre important de candidats en début de processus. Une formation, qui a des capacités d’accueil de 100 places, et dont le nombre de candidats à appeler a été défini à 115, peut, au regard du rang du dernier appelé des campagnes précédentes, fixer le rang du dernier appelé à 600 ; ce qui veut dire que le 22 mai 600 candidats recevront une proposition ». Que se passera-t-il si plus de 115 candidats sur les 600 appelés acceptent la proposition. Mystère…

Une application à géométrie variable de l’overbooking

Pour résumer, l’overbooking consiste à dire « oui » à beaucoup plus de candidats que de places disponibles dans la formation en espérant que tous ne viennent pas. Pour Pierre Mauborgne, enseignant en classe préparatoire TSI et membre du conseil de l’UPSTI, ce système est bien trop dangereux. « Si l’on a une capacité de 50 places, que l’on dit « oui » à 200 élèves et que 150 candidats acceptent notre proposition, comment fera-t-on ? On ne peut pas jouer avec l’orientation des étudiants ». Ce dernier déplore l’application à géométrie variable des différentes mesures. « Toutes les formations n’utiliseront pas les mêmes règles de départ et cela risque de créer des déséquilibres dans le recrutement des élèves », précise-t-il.

Par exemple, pour Alexis Rassel, enseignant à l’IUT Lumière de Lyon, « il n’y aura pas besoin d’overbooking tant nos processus de recrutement sont rôdés ». Tandis que dans un BTS commerce international de la même ville, dans l’établissement Made iN Sainte-Marie, Dominique Le Meur, sa directrice, adoptera l’overbooking. « Il nous reste encore à décider de combien nous allons augmenter nos capacités d’appel. Nous n’ouvrirons pas de nouvelle classe mais souhaitons atteindre notre capacité d’accueil  ».

Pour Mickaël Prost, président de l’union des professeurs de classes préparatoires scientifiques, l’overbooking peut être un bon outil selon les situations des établissements. « Certaines formations qui sont habituées à descendre bas dans leur classement pourront pratiquer l’overbooking, explique-t-il, d’autres seront plus prudentes. C’est à chaque fois la responsabilité du chef d’établissement qui est engagée ». Mais pour que cet overbooking soit efficace, il plaide pour une concertation entre les différentes formations d’une même académie. « Il faut qu’il y ait une coordination entre les différents acteurs du supérieur pour éviter des stratégies antagonistes entre les établissements », poursuit-il.

Toujours est-il que cet overbooking va devenir un enjeu crucial pour toutes les formations dans les prochains jours. Il pourrait, d’ailleurs, être la clef pour éviter les listes d’attente à rallonge le 22 mai sur Parcoursup que j’évoquais il y a quelques mois sur mon blog. Mais il n’en reste pas moins un outil à double tranchant…

Guillaume Ouattara
Blogueur-invité Le Monde Campus

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Comment améliorer son niveau d’anglais avant un départ à l’étranger ?

Photo by NEC Corporation of America with Creative Commons license.

« Bilingue or not bilingue ? » Telle est la question que se posent de nombreux étudiants qui se préparent à partir dans une université anglophone en septembre prochain. Que l’on aille en Angleterre, aux États-Unis ou encore en Finlande, mieux vaut bien maîtriser la langue de Shakespeare pour ne pas se retrouver perdu. Mais comment améliorer facilement son niveau d’anglais avant de partir ?

Il y a 2 ans, je me trouvais dans la même situation. Sélectionné pour étudier 6 mois aux USA, j’avais un niveau d’anglais… douteux. Je vous propose quelques conseils qui m’ont été bien utiles pour ne pas me retrouver largué le jour de la rentrée.

1. Suivez des cours d’anglais

Et oui… Pas de secret. Pour améliorer son niveau d’anglais, rien ne vaut de longues heures de cours pour revoir les bases de grammaire, de vocabulaire et de conjugaison. Dans beaucoup d’écoles après quelques semestres les cours de langues deviennent optionnels. Ne tentez pas d’y échapper, ils sont primordiaux pour améliorer votre niveau d’anglais. En prévision de mon départ, j’ai suivi près d’un an et demi de cours à l’UTC, école d’ingé où j’étudie. Les exercices peuvent paraître redondants (accorder au bon temps, traduire des pages entières de phrases), mais ils permettent d’acquérir des automatismes précieux pour ne pas faire les erreurs de débutants. Et surtout, les contenus sont adaptés à la filière dans laquelle vous étudiez.

2. Regardez des films et des séries en VOSTVO

Ne nous leurrons pas : les cours à eux-mêmes ne suffiront pas à faire de vous de parfaits bilingues. Il va falloir que vous vous activiez de votre côté. Et l’une des meilleures manières d’améliorer son oreille, c’est de regarder des séries en anglais avec des sous-titres anglais. Avant de partir, je consacrais des week-ends entiers à visionner tout et n’importe quoi, pourvu qu’il y ait de l’anglais dedans. Outre la compréhension orale, cette méthode vous permet de développer votre vocabulaire. Si vous détectez un mot nouveau, n’hésitez pas à mettre votre série préférée sur pause pour découvrir sa traduction.

Si tous les films et toutes les séries vous aideront à améliorer votre niveau, privilégiez ceux se déroulant sur des campus, pour développer du vocabulaire spécifique. « Awkard » ou « how to get away with murder » sont des valeurs sûres pour acquérir du vocabulaire léger. Bref, c’est le moment de faire chauffer le compte Netflix du fils du cousin de la meilleure amie de votre voisine.

3. Mettez vos réseaux sociaux préférés en anglais

D’après le chercheur que je suis (ou pas), nous passons tous beaucoup, beaucoup trop de temps sur les réseaux sociaux. Alors un bon moyen de moins culpabiliser quand vous glandouillez sur Facebook, c’est de passer tous vos réseaux sociaux en anglais. Ainsi, l’interface et les notifications de vos réseaux sociaux seront « all in English ». L’avantage de cette méthode ? Vous placer dans un bain linguistique quotidien. Les progrès ne seront pas fulgurants mais l’avantage est de vous entraîner à lire constamment du contenu en anglais.
Vous pouvez, bien évidemment, ajouter à ce conseil la lecture quotidienne de la presse anglophone. Mais bon, encore faut-il trouver le temps.

4. Écoutez de la musique en anglais… avec les paroles !

C’est un conseil que l’on donne souvent car il est diablement efficace. Recherchez les paroles de vos chansons préférées et réécoutez-les en les gardant sous les yeux. De la sorte, votre cerveau associera des prononciations avec des mots.

Pour la petite anecdote, je n’ai jamais beaucoup cru à cette méthode, et je n’avais pas le sentiment d’arriver à toujours bien comprendre les paroles de chanson. Mais c’est une fois arrivé aux États-Unis que j’ai compris toute la force de cette méthode. Dans l’autobus m’emmenant sur le campus de ma fac américaine, à moitié assoupi, j’ai commencé à écouter la chanson qui passait dans l’autoradio de la conductrice et je me suis rendu compte… que je comprenais tout ! Je ne sais si c’est le fait de me dire que j’étais enfin arrivé et que j’allais devoir me débrouiller, mais depuis ce jour plus aucune subtilité ne m’échappe dans les chansons en anglais.

5. Sur place, osez parler !

Tous les conseils précédents vous permettront de ne pas être trop largués au moment d’arriver sur votre nouveau campus anglophone. Mais vous ne serez pas des experts pour autant. Pour véritablement améliorer son niveau d’anglais, le mieux c’est de vous lancer. Ne soyez pas timide. Parlez le plus possible, faites des fautes et surtout écoutez. En quelques jours seulement votre vocabulaire, votre prononciation et votre accent s’amélioreront de manière exponentielle.

L’une de mes motivations principales au moment de partir étudier aux États-Unis c’est que je ne parlais pas aussi fluidement le français que l’anglais. J’avais une sorte de blocage psychologique au moment de changer de langue qui faisait que mes phrases n’étaient pas naturelles, trop travaillées. En pratiquant l’anglais au quotidien, on ne peut plus se poser de question ; on est obligé de se lancer.

Un an après mon retour en France, mon niveau d’anglais est loin d’être parfait, et mon accent français est toujours bien présent. Mais j’ai atteint l’objectif que je m’étais fixé : ne plus avoir d’hésitation au moment de parler en anglais.

Pour aller plus loin, je vous propose de découvrir quelques articles de mon séjour aux USA :
> Comment je suis parti étudier aux USA
> A quoi ressemblent les cours dans une fac américaine ?

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Toutes les filières pour devenir ingénieur

Avec près de 140 000 étudiants et 35 000 diplômés chaque année, les études d’ingénieur ont le vent en poupe sur Parcoursup. Chimie, informatique, biologie ou encore BTP, les ingénieurs évoluent dans de nombreux secteurs.

Mais au fait, comment devient-on ingénieur ? Prépas, écoles post-bac, DUT : je vous propose un zoom en vidéo, puis en détails, sur 4 manières de devenir ingénieur. De quoi donner un coup de pouce à vos candidatures sur Parcoursup.

1. Les classes préparatoires scientifiques

Vince11111 (CC BY 2.0)

C’est LA voie d’accès royale aux écoles d’ingénieurs les plus prestigieuses. Deux à trois ans en CPGE scientifique (classes préparatoires aux grandes écoles scientifiques) débouchant sur des concours hyper-sélectifs. Au programme ? Des maths, de la physique, des sciences industrielles pour l’ingénieur, du Français-Philo entre autres joyeusetés.

Le rythme est dense en classe prépa et elles permettent de se frotter, à l’issue des deux ans, aux concours des écoles d’ingénieurs les plus prestigieuses. Quatre spécialités sont ouvertes aux candidats après un bac S (les fameuses « maths sup »).

  • MPSI  – Maths, physique et sciences de l’ingénieur : une formation mettant l’accent sur les maths et la physique et débouchant, en 2ème année sur deux spécialités, MP (maths physique) ou PSI (physique et sciences de l’ingénieur)
  • PCSI – Physique, chimie, sciences de l’ingénieur : une formation qui met, elle, l’accent sur les maths, la physique et soit la chimie, soit les sciences de l’ingénieur.  Elle débouche sur deux spécialités PSI (physique et sciences de l’ingénieur) ou PC (physique, chimie)
  • PTSI – Physique, technologie et sciences de l’ingénieur : L’accent est mis sur les maths, la physique et les sciences industrielles pour l’ingénieur. Cette voie permet d’intégrer en 2ème année une prépa PT (physique et technologie) ou une prépa PSI (physique et sciences de l’ingénieur)
  • BCPST – Biologie, chimie, physique et sciences de la terre : Les domaines de spécialités sont la biologie, la physique et la chimie. Cette formation débouche, en deuxième année sur une prépa BCPST qui permet, entre autres, d’intégrer des écoles vétérinaires ou d’agroalimentaire.

D’autres classes préparatoires aux grandes écoles scientifiques sont ouvertes à des bacheliers non-scientifiques :

  • TB – Technologie et biologie : cette voie est ouverte aux bacs STL (option biotechnologies et SPCL) et aux bacheliers bacheliers STAV (sciences et technologies de l’ agronomie et du vivant). Elle permet d’intégrer des écoles d’agronomie, d’agroalimentaire, de vétérinaire, de biotechnologie…
  • TPC – Technologie physique et chimie : ouverte aux bacs STL option SPCL ou BGB elle permet de passer un concours dédié et d’intégrer des écoles de chimie et de génie chimique.
  • TSI – Technologie et sciences industrielles : cette filière est ouverte aux bacs STI2D et STL.

Après une classe prépa, les études en école d’ingénieurs durent trois ans et permettent de se spécialiser dans une thématique spécifique. 40% des étudiants ingénieurs sont passés par la case prépa.

2. Les écoles d’ingénieurs post-bac

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Les écoles post-bac représentent la seconde voie d’accès très répandue au métier d’ingénieur. Il y en a plus d’une centaine accessibles après le bac. Certaines forment des ingénieurs généralistes (les UT, les INSA…), d’autres forment des ingénieurs spécialisés d’un domaine (informatique, chimie…). Trois éléments sont à prendre en compte au moment de choisir son école d’ingénieurs post-bac :

i.  S’agit-il vraiment d’une école d’ingénieurs ou bien est-ce une école d’ingénierie ? La nuance peut paraître subtile, mais dans le premier cas l’école vous délivrera un diplôme reconnu par la CTI, la commission des titres d’ingénieur, garantissant la fiabilité du cursus, ce qui n’est pas le cas pour les écoles d’ingénieries, non-reconnues par la CTI, qui ne forment pas des ingénieurs mais des experts techniques.

ii. Quel statut a l’école ? S’agit-il d’une école d’ingénieurs publique ou d’une école d’ingénieurs privée ? Cela fera la différence quant aux frais d’inscription à engager.

iii. Quels sont les débouchés de l’école ? Certaines écoles forment des ingénieurs généralistes et proposent des débouchés très larges tandis que d’autres écoles vous permettront de vous spécialiser dans un domaine. Ainsi, si vous êtes passionné par l’univers de l’aérospatial, il peut être intéressant de rejoindre une formation ayant un lien fort avec cet univers plutôt qu’une formation trop généraliste qui ne vous donnera pas la certitude d’exercer dans ce secteur.

Au sein des différentes écoles d’ingénieurs post-bac le modèle de formation est assez similaire. Les deux premières années consistent en une prépa intégrée calquée, en partie, sur le modèle des classes prépa. L’idée est d’acquérir des connaissances scientifiques de haut niveau. L’étudiant se spécialise à partir de la 3ème année de son cursus. L’intégration dans une école d’ingénieurs se fait le plus souvent sur concours durant l’année de terminale :

  • Puissance Alpha : fusion des concours Alpha et Puissance 11 il permet d’intégrer 16 écoles (dont CPE Lyon, HEI, l’EFREI…) et offre près de 3500 places. Un examen du dossier a tout d’abord lieu (et permet aux meilleurs candidats d’être dispensés d’épreuves écrites). Un concours écrit est ensuite organisé (comptant pour 50% de la note finale).
  • Advance : 1330 places dans 4 écoles (EPITA, ESME Sudria, IPSA, Sup’Biotech). Examen du dossier, épreuves orales et QCM.
  • Avenir : Près de 1800 places dans 7 écoles (dont l’ESILV, l’ECE..). Examen du dossier, concours écrit (sauf pour les candidats exemptés).
  • Universités de technologie : L’admission à l’UTBM, l’UTC et l’UTT se passe sans concours mais via un examen du dossier et un entretien de motivation. 930 places offertes.
  • GEIPI Polytech : Plus de 3000 places sont proposées via concours dans 33 écoles d’ingénieurs (dont les écoles Polytech). Après examen du dossier, les meilleurs candidats sont convoqués à un oral de motivation. Les autres doivent passer des épreuves écrites.
  • INSA : pour intégrer l’un des 6 INSA (plus de 2000 places) un examen du dossier et un oral de motivation sont organisés.
  • GEPBAlternative à Parcoursup, la plateforme grandes écoles post-bac permet d’intégrer des écoles de la Fésia et de l’Icam. Le recrutement se fait sur analyse du dossier et entretien de motivation.
  • La prépa des INP : alternative aux classes préparatoires, ces deux années permettent de préparer l’admission au sein de la trentaine d’écoles du Groupe INP. Examen du dossier et entretien de motivation.

3. Les BTS et les DUT

Une autre façon d’intégrer une école d’ingénieurs est le passage par un BTS (brevet de technicien supérieur), un BTSA (brevet de technicien supérieur agricole) ou un DUT. Plus d’une centaine de spécialités différentes existent, mais toutes ne permettent pas de rejoindre une école d’ingénieurs. Les BTS et les DUT ayant un lien avec l’univers scientifique dans le domaine industriel ou agricole sont à privilégier.

Cette alternative conviendra à des étudiants ayant besoin de mettre du concret dans leurs études tout en ayant un encadrement semblable au lycée. Mais attention, la vocation première de BTS est de former des techniciens supérieurs prêts à rejoindre le marché du travail. Seuls 30% des diplômés d’un BTS  (les meilleurs étudiants) poursuivent leurs études à l’issue de leur formation. Dans les DUT, le taux de poursuite d’études est supérieur (de l’ordre des 50%).

Deux options s’offrent aux étudiants  :

i. Candidater directement après leur BTS à une école d’ingénieurs. Les candidats ayant eu d’excellents résultats durant leur BTS ou leur DUT peuvent envisager de candidater directement à des écoles une fois diplômés. Certaines écoles recrutent directement sur examen du dossier et entretien de motivation, tandis que d’autres recrutent via concours. La banque d’épreuves DUT-BTS regroupe 14 écoles publiques et privées (dont les arts et métiers) qui proposent un concours spécifiques aux étudiants issus des BTS. Attention, seules certaines mentions de BTS sont acceptées. Au programme de ces concours, une épreuve de maths, une épreuve à option (génie électrique, génie mécanique ou génie civil) et une épreuve d’anglais, complétées par des oraux.

ii. Faire un an de classe préparatoire ATS avant de candidater en école d’ingénieurs. Cette classe prépa en 1 an accessible après un BTS ou un DUT vous permettra de vous remettre à niveau sur les disciplines théoriques pour pouvoir intégrer des écoles sur dossier ou passer des concours. Deux filières de prépa ATS sont accessibles : ingénierie industrielle ou biologie. Certaines banques de concours sont exclusivement réservées aux élèves sortant d’une prépa ATS.

>>> Lire aussi : Intégrer une grande école sans prépa grâce aux admissions parallèles 

4. La fac

Steven Brewer (CC BY-SA 2.0)

Dernière façon d’intégrer une école d’ingénieurs : la fac. Que vous choisissiez de faire des maths, de la physique, de l’électronique, vous pouvez intégrer une école d’ingénieurs à l’issue de votre troisième année de licence (L3, bac+3) ou de votre première année de master (M1, bac+4). Près de 300 places sont offertes, sur concours, aux étudiants fakheux. 13 écoles dont Polytechnique et TELECOM ParisTech recrutent via l’admission universitaire grandes écoles d’ingénieurs.

Certaines universités proposent des parcours de licences consacrés à la préparation de ce concours. L’avantage de passer par la fac est de s’éviter la pression des classes prépa tout en acquérant un solide niveau de connaissances scientifiques.

>>> Lire aussi : Ils ont intégré Polytechnique, Normale Sup et HEC par une voie détournée

>>> En résumé, comment choisir ? <<<

> Les étudiants voulant se frotter aux concours des écoles d’ingénieurs les plus sélectives, ou souhaitant se donner du temps pour parfaire leur projet d’orientation, iront du côté des classes prépa scientifiques. Un bon moyen pour garder une ambiance lycée et un bon encadrement. Les 2 ou 3 ans en prépa sont durs et demandent un investissement de tous les instants.

> Les étudiants ayant déjà une idée du secteur où ils souhaitent évoluer pourront aller du côté des écoles d’ingénieurs post-bac. Moins stressantes, ces formations ont l’avantage de proposer très rapidement aux étudiants de se spécialiser. L’étudiant en école d’ingé post-bac devra faire preuve d’autonomie.

> Les DUT conviendront à des étudiants ayant envie d’avoir un encadrement sans la pression et le stress des concours en classe prépa. Durant deux ans, ils auront l’occasion de se perfectionner sur le plan technique sans laisser de côté la formation théorique.

> Les BTS intéresseront les candidats qui ont besoin de concret, de terrain. Souvent, l’intégration d’une école d’ingénieurs devra se faire après un passage par une année de prépa ATS pour une remise à niveau dans les matières théoriques.

> La fac est une bonne alternative à la prépa et aux écoles d’ingénieurs. Laissant du temps aux étudiants pour trouver leur voie, elle leur permet d’avoir une excellente formation théorique.

Et vous, avez-vous suivi un autre parcours atypique pour devenir ingénieur ? N’hésitez pas à le partager en commentaires !

Et pour découvrir le métier d’ingénieur en vidéo, je vous propose de regarder l’interview d’Aline Aubertin, présidente de l’association Femmes Ingénieurs et diplômée d’une école post-bac.

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Comment Parcoursup, le remplaçant d’APB risque d’augmenter considérablement les listes d’attente

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Depuis mardi, on connaît les détails du Plan Etudiants mis en place par le Ministère pour « accompagner chacun vers la réussite ». Amélioration de l’orientation en terminale, avis du conseil de classe sur les vœux des lycéens ou encore instauration d’une année préparatoire pour « prendre le temps de se décider » : l’objectif du gouvernement est d’éviter à tout prix les cafouillages de la procédure APB l’an dernier.

Pourtant, parmi toutes les mesures annoncées hier, l’une d’entre elles me semble quelque peu inquiétante : la fin de la hiérarchisation des vœux des candidats. Jusqu’à présent, les lycéens devaient formuler 24 vœux ordonnés. Et dès qu’une formation les acceptait, ils démissionnaient automatiquement de tous les vœux suivants dans leur liste, libérant ainsi des places pour les autres candidats.

Désormais, les lycéens devront formuler 10 vœux non-hiérarchisés et pourront être admis dans plusieurs filières à la fois. Le risque de cette mesure ? Une augmentation considérable du nombre de candidats sur liste d’attente…

 La fin du « match » entre formations et candidats

Le débat peut sembler technique et compliqué. Mais pourtant, il est central quant au fonctionnement de la nouvelle plateforme d’affectation dans le supérieur. Et il concerne majoritairement les formations sélectives (prépa, BTS, DUT…).

Jusqu’à présent, ces formations sélectives classaient un certain nombre de candidats selon des critères spécifiques, et l’algorithme d’APB effectuait un « match » entre le classement d’une formation et l’ordre de préférence des lycéens. Si un lycéen était accepté à un vœu, il démissionnait automatiquement des vœux plus bas dans sa liste, libérant des places automatiquement réaffectées. Désormais, les lycéens pouvant être admis dans plusieurs formations à la fois, ils ne libéreront plus automatiquement ces places, augmentant les listes d’attente.

Pour comprendre cette problématique, prenons un exemple concret : 3 lycéens (Tom, Chloé et Alexandre) candidatent à 3 formations sélectives (Formation A, Formation B et Formation C). Les formations ne peuvent accueillir qu’un seul élève au maximum. Comme ce sont des formations sélectives, elles classent les candidats comme suit :

Au-delà de la première place, les candidats sont automatiquement placés sur liste d’attente. Focalisons-nous sur les dossiers de Tom et Chloé. Avec l’ancienne méthode voici le classement des vœux qu’ils auraient opéré :

Et avec l’ancien système APB, l’algorithme effectuant un match entre le classement des formations et celui des candidats, le résultat de la première phase serait le suivant :

Bien que Tom soit en attente sur son premier choix, le fait d’avoir hiérarchisé ses différents vœux permet de libérer une place dans la Formation C pour Chloé.

Mais si l’on décide de supprimer le classement des vœux par les candidats, le résultat devient le suivant :

En clair, comme Tom a un bon dossier, il est accepté partout sauf en Formation A, du coup il place Chloé en file d’attente sur la formation C et attend lui-même une réponse de la formation A.

Tandis  que le système de hiérarchisation des vœux par les lycéens permettait de libérer des places une fois un candidat accepté dans une formation, sans cette hiérarchisation les candidats monopoliseront plusieurs places dans des formations. Ainsi, les bons élèves vont rafler toutes les places dans les formations sélectives et les autres seront sur liste d’attente jusqu’à un éventuel désistement.

Un scénario qui se généralise

Le problème c’est que cette idée se généralise. Mettons que Tom soit accepté dans 9 formations sur 10 (toutes sauf la première). Dans cette situation, avec le nouveau système,  il peut placer jusqu’à 8 candidats en liste d’attente alors qu’avant il en plaçait 1 maximum vu qu’il démissionnait de tous ses vœux. Ainsi, la suppression du classement des vœux risque de considérablement augmenter la taille des listes d’attente.

Pour illustrer cette augmentation, prenons un second exemple. Nous avons cette fois 6 candidats (Tom, X1, X2, X3, X4 et X5) pour 5 formations (A, B, C, D et E) ne pouvant accueillir chacune qu’un seul élève.

Voici le classement des candidats effectuées par les différentes formations :

Et voici le classement des vœux effectués par les candidats avec l’ancienne mouture APB :

Du coup, dans l’ancienne plateforme, le résultat des admissions aurait été le suivant :

Si X2 se retrouve sur liste d’attente, c’est parce que Tom est accepté dans la formation B. Il démissionne automatiquement de tous ses autres voeux, libérant automatiquement de la place pour X3, X4 et X5.

Mais avec la nouvelle plateforme sans classement des vœux, il n’y a plus cette libération automatique de place. Voici le résultat des admissions :

Ainsi, Tom est accepté non plus dans une seule formation mais dans cinq. Par là même il place 4 candidats sur liste d’attente alors que l’ancien système n’en plaçait qu’un seul en attente.

« Les bons élèves vont monopoliser les places dans le supérieur »

Cet exemple, qui peut être généralisé aux 700 000 candidats sur APB, illustre bien les risques de ce nouveau système. En supprimant l’obligation de hiérarchiser les vœux, les candidats avec un bon dossier se retrouveront avec une multitude de propositions, tandis que ceux avec un dossier plus faible seront automatiquement placés en liste d’attente.

Le risque, donc, c’est de se retrouver avec des listes d’attente à rallonge. En se connectant sur APB, la plupart des candidats risquent de n’avoir… aucune proposition dans les filières sélectives ! Toute la question est désormais de savoir comment le nouvel algorithme va traiter ce cas de figure. Du côté du Ministère, on explique que « le temps pour répondre à chacun des vœux sera limité ».

Cela signifie que deux scénarios sont envisageables :

i. Si l’on reste dans cet esprit « d’absence de hiérarchie entre les vœux », APB pourrait permettre aux élèves d’accepter provisoirement toutes les formations et de ne faire leur choix qu’une fois toutes ces attentes levées. Mais cela voudrait dire qu’ils monopoliseraient des places pendant des semaines. Un scénario catastrophe où les bons élèves attendraient le dernier moment pour libérer toutes les places qu’ils monopolisaient.

ii. L’autre scénario serait de laisser un laps de temps aux candidats pour choisir l’une des formations où ils sont acceptés (ce qui libérerait des places sur ses autres vœux) tout en ayant la possibilité d’être pris à leur vœu sur liste d’attente. Mais ce scénario revient à faire une hiérarchie entre les vœux une fois la décision connue. Il s’agit du même système qu’auparavant, à la différence que des milliers de candidats seront placés sur liste d’attente… pour rien.

En donnant l’impression de laisser le choix aux candidats en supprimant le classement, le risque est de complexifier la procédure et de généraliser les listes d’attente.

La question de la transparence des algorithmes

C’est vers le second scénario que le Ministère semble s’orienter. Hier, dans sa conférence de presse, Frédérique Vidal expliquait qu’il n’y aura « qu’une seule vague d’affectation en continu à compter de l’ouverture de la plateforme ». Le journal des Echos précise, quant à lui, que « chaque lycéen recevra ensuite, en bloc, une réponse à ses 10 vœux. Il aura tout au plus deux semaines – le délai n’est pas encore fixé – pour répondre positivement à l’une d’elles, afin de libérer des places qui seront ainsi disponibles très vite pour d’autres bacheliers en attente. Si, après son choix, une place se libère pour des formations sur lesquelles il était en liste d’attente, il pourra changer d’avis ». En clair, là où l’ancien système hiérarchisé permettait de libérer directement des places sur liste d’attente, le nouveau système risque d’augmenter les délais jusqu’à 2 semaines pour les candidats aux dossiers les plus faibles.

Une autre question épineuse se dessine. Si, dans les filières sélectives, les candidats sur liste d’attente sont classés et obtiendront une proposition en fonction des désistements et de leur rang, comment cela se passera-t-il dans les filières non-sélectives (licences à la fac) ?Les candidats placés sur liste d’attente seront-ils classés (sur quels critères), ou bien devront-ils être les premiers à se connecter pour obtenir une place qui se libérerait ?

Bref on le voit, les annonces d’hier engendrent un certain nombre de questions sur les choix techniques mis en place par le Ministère. Le nouveau gouvernement sera-t-il plus transparent que les anciens en permettant l’accès au code source de cette nouvelle plateforme ? C’est une étape qui paraît nécessaire pour clarifier les questionnements sur son fonctionnement…

Guillaume Ouattara
Blogueur-invité Le Monde Campus

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Le difficile retour en cours après 6 mois de stage

Photo by NEC Corporation of America with Creative Commons license.

Eh bien voilà, c’est reparti pour un tour ! Depuis septembre je suis officiellement « étudiant en 4ème année d’école d’ingénieurs ». Le choc… Après un an hors du campus, me voilà revenu par la case Picardie.

Et je dois avouer que cette quatrième année a comme un arrière-goût de « début de la fin ». Il ne me reste, en effet, plus que 4 semestres avant d’être diplômé. 4 semestres avant de pouvoir revendiquer mon titre d’ingénieur !

Alors à quoi ressemble une rentrée en 4ème année d’école ? Je vous propose de plonger dans mon quotidien d’étudiant-ingénieur !

Retour vers le passé

Premier choc de cette rentrée : un sentiment de retour dans le passé. Cela faisait un an que je n’étais pas allé à Compiègne. Entre 6 mois d’échange aux US et 6 mois de stage, la Picardie était bien loin de mes préoccupations… Alors il a fallu revenir, reprendre mes habitudes d’étudiant picard : les repas du soir au Resto U et les longues heures passées à la bibliothèque universitaire. Mais un constat s’est bien vite imposé à moi : « en un an, le campus n’a pas vraiment changé… ». Seuls les visages évoluent, rajeunissent (des étudiants de 2000 ont même fait leur apparition).

Autant vous dire que je fais maintenant partie de la caste des « vieux » du campus, ceux qui peuvent se plaindre et dire « c’était mieux avant » (ou pas d’ailleurs). Mais je vous rassure tout de suite, ce statut d’étudiant-expérimenté n’apporte strictement aucun avantage. Bien au contraire, nombreux sont les nouveaux étudiants qui usent et abusent des conseils que peuvent leur prodiguer les plus anciens.

Un jour que je discutais avec un nouveau dans le cadre de la semaine d’intégration, je me suis rendu compte que ses questions visaient davantage à projeter son parcours sur le mien qu’à s’intéresser à qui j’étais. « En général tu travaillais combien d’heures par soir ? Et les examens de novembre, tu les révisais à partir de quand ? Tu me conseillerais quoi comme cours pour le prochain semestre ? ». J’attendais le moment où il me demanderait combien d’heures dormir par nuit… Mais je me suis plié bien volontiers à ce jeu de questions-réponses, me souvenant que je me posais exactement les mêmes questions il y a 3 ans quand je suis arrivé.

Une spécialisation qui prend forme

Au-delà de « l’émotion » du retour sur le campus, cette quatrième année en école d’ingé est placée sous le signe de la spécialisation. Depuis ma toute première année à Compiègne, je sais que je veux étudier l’informatique et j’ai pu orienter mon parcours dans cette optique. Il y a un an, dans une précédente note de blog, je décrivais le cursus dans mon école comme un sandwich dont on personnalise les ingrédients.

Eh bien cette analogie n’a jamais été aussi vraie que cette année. Jusqu’à présent, les cours d’info que je suivais restaient assez généralistes et m’ont permis d’apprendre différentes notions de programmation. Cette année, il m’a fallu faire un choix et décider de la coloration que je voulais donner à mon parcours.

Je pouvais choisir d’étudier les réseaux informatiques, l’ingénierie de la connaissance ou encore la gestion de projet, par exemple. Mais j’ai finalement décidé d’aller dans la continuité de mon stage en me spécialisant dans l’« aide à la décision en logistique », une filière qui mêle des considérations liées à la gestion de flux et à la fouille de données… Tout un programme en perspective !

 « Je suis devenu un étudiant moins scolaire »

Depuis 5 semaines que j’ai repris les cours, un constat s’est vite imposé à moi : après un an loin de mon campus, je suis devenu un étudiant moins scolaire, beaucoup plus détaché de mes cours. Mon cursus en école ne me semble plus être une finalité en soi, et je ne travaille plus dans l’espoir d’avoir une bonne note, mais plutôt avec l’envie d’acquérir de nouvelles compétences directement réexploitables dans quelques mois pour mon stage de fin d’études.

Pour vous donner un exemple concret, je suis inscrit ce semestre dans un cours de « supply chain management » (gestion de la chaîne logistique), une thématique qui était au cœur des missions de mon stage. Du coup, je ne peux m’empêcher de créer des ponts entre ce que j’ai vécu et appris en entreprise et le savoir plus théorique que ce cours m’apporte. Je me demande sans cesse comment ce que j’apprends aujourd’hui aurait pu transformer mes manières de travailler en entreprise, et j’essaie de déceler des compétences nouvelles que je pourrai développer. Bref, je pourrais presque dire que j’ai un rapport consumériste à mes cours et plus simplement d’apprenant passif face au savoir…

Mais de façon pernicieuse, l’effet opposé se produit. Certains cours que je peux suivre me paraissent trop théoriques ; j’ai du mal à voir l’intérêt qu’ils pourront avoir dans mon futur. Alors je les considère davantage comme de la culture générale, une façon d’étoffer mon bagage de futur ingénieur. Mais la motivation me fait souvent défaut… A tout cela s’ajoute le sentiment que beaucoup de mon futur parcours professionnel se construit désormais « hors du campus », dans le cadre des expériences et des échanges que je peux avoir avec différents interlocuteurs (profs, start-uppeurs, DRH etc.) ou des expériences associatives. D’une certaine façon, je suis en train de couper le cordon universitaire…

« L’ingénieur est un caméléon »

Les plus anciens lecteurs de ce blog se rappelleront, peut-être, qu’il y a 3 ans mon tout premier billet posait cette question « dis papy, c’est quoi un ingénieur ? ». J’y racontais qu’alors que j’entrais en première année d’école d’ingénieurs, je n’avais qu’une vision vague et imprécise de cette profession.

Depuis, mon regard a quelque peu évolué. D’abord, parce que dans le cadre d’une émission TV j’ai interviewé une trentaine d’ingénieurs issus d’univers différents. Du numérique au BTP en passant par le domaine de la cosmétique, les ingénieurs que j’ai rencontrés avaient tous des parcours et des profils différents. De ces rencontres est né un premier constat : il n’y a pas un seul métier d’ingénieur, mais plusieurs facettes différentes d’une même profession.

Ensuite, mon premier long stage en entreprise a été une manière de me confronter aux réalités de cette profession. De fait, il me semble que je commence à tenir une nouvelle définition. Selon moi, l’ingénieur est un caméléon, capable de se faufiler dans une multitude de domaines différents. Par exemple, dans mon cas de figure j’ai rejoint un service où il était question de logistique, de gestion des flux et de réception et d’envoi de marchandises. Il m’a fallu 3 semaines pour me familiariser avec tous les concepts et les méthodes de ma boîte. Après ça, j’étais comme un caméléon, employant un nouveau langage et appliquant des méthodes.

Beaucoup de professions exigent que l’on arrive avec un savoir-faire et des méthodes qu’il faut appliquer à une entreprise précise. Il me semble que ce qui fait la particularité des ingénieurs, ce serait le fait de pouvoir réapprendre des méthodes radicalement différentes à celles qu’il a côtoyées par le passé.

Alors voilà, vous savez tout désormais de l’état d’esprit que l’on peut avoir lorsque l’on rentre en 4ème année d’école d’ingénieurs. Bien sûr d’autres étudiants auront, à n’en pas douter, d’autres visions, et ce peut être l’occasion d’un débat passionnant en commentaires.

Guillaume Ouattara
Blogueur-invité Le Monde Campus

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