Bac 2018 : des lycéens privés de leur calculatrice pendant l’épreuve de physique-chimie

Lucas Hayas (CC BY-SA 2.0)

Des lycéens se sont vu interdire l’utilisation de leur calculatrice scientifique pendant l’épreuve de physique-chimie du bac ce jeudi 21 juin, au motif qu’ils consultaient des antisèches. Le sujet précisait que « l’usage de tout modèle de calculatrice, avec ou sans mode examen, est autorisé », faisant suite à une décision du ministère, en février, de reporter l’obligation, à compter du bac 2018, du mode examen sur les calculatrices (qui neutralise l’accès à leur mémoire), prévue par une circulaire de 2015.

« Des incidents sont survenus dans quatre lycées de l’académie de Lille avec le retrait définitif ou provisoire par des surveillants de leur calculette à un certain nombre de candidats », précise le ministère de l’éducation nationale, tout en indiquant que des « consignes de correction » seront données aux professeurs.

C’est le cas au lycée Pierre Forest de Maubeuge. « Après trente minutes d’épreuve le proviseur est venu dans notre salle et nous a dit que toute personne possédant son cours dans sa calculatrice serait reporté en situation de fraude, détaille l’un des candidats de l’établissement. Il nous a ensuite demandé de supprimer l’intégralité des programmes de notre calculatrice. » Dans la salle, de nombreux élèves s’exécutent.

Une rupture du principe d’égalité entre les candidats

Mais certains refusent, plaidant le fait que rien dans le sujet ne leur interdit d’utiliser leur calculatrice. « Le proviseur a confisqué les calculatrices de ceux qui ne supprimaient par leurs programmes, poursuit l’élève de terminale s. Il a aussi demandé à des élèves de passer leur calculette en mode examen. »

À la sortie de l’épreuve, des candidats et leur famille contactent le rectorat de Lille pour remonter l’incident et dénoncer une rupture du principe d’égalité (les candidats des autres centres d’examen ayant pu composer avec leur propre calculatrice). L’élève de terminale publie son témoignage sur le forum TIPlanet, spécialisé de l’univers des calculatrices scientifiques.

Contacté, Christian Israël, proviseur du lycée, se défend de toute rupture du principe d’égalité. « Très rapidement après le début de l’épreuve, nous nous sommes rendus compte que plusieurs candidats avaient rentré leurs cours dans leur calculatrice et recopiaient tels quels des questions de cours, explique-t-il. Nous les avons avertis qu’ils pouvaient être sanctionnés et pour éviter que d’autres candidats ne soient sanctionnés nous avons demandé à l’ensemble des élèves de supprimer les programmes de leur calculatrice. »

Ceux n’arrivant pas ou ne voulant pas supprimer leurs programmes se sont vus proposer deux alternatives ; activer le mode examen ou utiliser une calculatrice collège prêtée par le lycée. « L’idée était d’éviter que les élèves ne se retrouvent en situation de fraudes et que nous ne devions faire de multiples rapports d’incidents. »

« Des consignes de correction seront données aux correcteurs »

Au lycée Sophie Berthelot de Calais, d’autres candidats ont vécu la même mésaventure. Antoine, élève de terminale s et l’une de ses camarades se sont faits confisquer leur calculatrice quelques minutes après le début de l’épreuve. « Quelqu’un m’a pris ma calculette durant l’épreuve, a-t-il confié à Thomas Dagbert, journaliste à Nord Littoral. Quand je leur ai demandé pourquoi, ils m’ont dit que c’était considéré comme de la triche. » L’élève indique avoir été privé de sa calculatrice pendant 2h avant qu’une calculatrice de « type collège » ne lui soit proposée.

« Ils ont pris en photo la programmation de ma calculatrice et j’ai signé un rapport mais j’étais sous le choc », poursuit-il. Stressé, le candidat n’a pas bien réussi l’épreuve. Contactée par nos soins, la proviseure du lycée apporte des détails sur l’incident. « Une heure après le début des épreuves, un surveillant nous a signalé que plusieurs élèves recopiaient des définitions depuis leur calculatrice, explique-t-elle. Après avoir constaté les faits, nous avons contacté les services du rectorat de Lille qui nous ont donné la consigne de confisquer les calculatrices des élèves concernés. » Pour permettre aux deux lycéens de poursuivre leurs épreuves l’établissement leur a remis deux calculatrices scientifiques.

Du côté du ministère de l’éducation nationale, ces faits sont pris très au sérieux. « Afin qu’aucun candidat ne soit lésé, des consignes de corrections seront données aux correcteurs des copies concernées pour leur permettre de respecter le principe d’égalité de traitement des candidats. Des consignes spécifiques seront également données aux présidents des jurys lors des délibérations », explique-t-on rue Grenelle.

Ces différents incidents, s’ils constituent des ruptures du principe d’égalité entre les candidats, posent également la question de l’interprétation des textes réglementaires concernant les calculatrices. Rien dans les circulaires officielles n’interdit aux candidats de rentrer leurs cours dans leur calculette. « Les lycéens peuvent utiliser l’intégralité des fonctionnalités de leurs calculatrices‘ », rappelle aussi le ministère. Ce qui n’a pas empêché plusieurs responsables de l’académie de Lille de voir dans leur utilisation une fraude.

L’année prochaine, ce type de situation ne devrait pas se reproduire, si la circulaire rendant le mode examen obligatoire sur les calculatrices entre bel et bien en vigueur.

Guillaume Ouattara, blogueur-invité Le Monde Campus

 

Parcoursup 2018 : les dessous de l’algorithme racontés par ses créateurs

waiam cia (CC BY 2.0)

La plateforme Parcoursup est-elle en train de créer le bug de l’an 2018 ? C’est la question que l’on peut se poser à la vue des premiers résultats de l’affectation des étudiants. Conçue pour remplacer APB accusé par certains de faire preuve d’opacité, Parcoursup n’échappe pourtant pas aux critiques. Le 22 mai dernier, à son ouverture, 400 000 candidats se sont retrouvés sans affectation. Incompréhension des candidats sur liste d’attente, joie et dilemme de ceux acceptés dans leurs voeux ; le ministère assure quant à lui que tous les étudiants auront une place dans le supérieur à la rentrée.

Une semaine après, 32% des élèves restent toujours dans l’incertitude concernant leur orientation. Pour tenter de comprendre la vision du ministère sur ces premiers résultats, Jérôme Teillard, chef de projet réforme de l’accès à l’enseignement supérieur et Hugo Gimbert, chercheur au CNRS chargé de concevoir les nouveaux algorithmes de Parcoursup, ont répondu à nos questions.

Guillaume Ouattara : À l’ouverture de Parcoursup, 400 000 candidats étaient sans affectation. Au fil des jours des propositions leur sont faites, et la liste décroît. Quel regard portez-vous sur la situation aujourd’hui ?

Hugo Gimbert (CNRS) : Nous suivons l’évolution des propositions faites aux candidats au jour le jour. Des chiffres nous remontent quotidiennement sur le déroulement de la procédure. Avant le lancement de Parcoursup, nous avons fait un certain nombre de simulations pour anticiper le comportement des candidats. Ça n’était pas forcément évident puisque c’est la première année que nous lançons ce système. Jusqu’à aujourd’hui, le déroulement de Parcoursup est plus rapide que le scénario le plus optimiste que nous avions modélisé. Nous n’avons pas de craintes particulières, la situation va avancer au fil des jours.

Jérôme Teillard (Ministère) : Nous sommes confiants sur le fait que tout le processus est en train de converger. Il faut que les candidats soient attentifs aux délais. L’accompagnement par les professeurs principaux rend le processus beaucoup plus sécurisé. Et ce qu’il faut dire, c’est que le système est plus lisible. Les candidats n’ont pas à mettre en place de stratégie, ils peuvent garder certains voeux en attente, changer d’avis. Ils ont le dernier mot et ne doivent plus faire de voeux contraints.

>>> Lire aussi : Comment Parcoursup risque d’augmenter considérablement les listes d’attente

Comprenez-vous que cette situation puisse être stressante pour les candidats qui n’ont aucune affectation aujourd’hui ?

Jérôme Teillard : Il faut entendre les candidats qui expriment des angoisses, mais dans la durée Parcoursup est un processus nettement plus sécurisant. On donne aux candidats des indicateurs précis, des perspectives concrètes. Ce sont forcément des moments qui ne sont pas simples à vivre individuellement, mais c’est le cas dans chaque moment de choix important. Le passage du collège au lycée est également une période compliquée pour les élèves. Cette année est particulière puisqu’il s’agit d’une transition vers l’enseignements supérieur fondé sur un nouveau système. Nous avons également mis en place des dispositifs d’accompagnement des élèves qui au 22 mai se sont retrouvés avec des réponses négatives des filières sélectives sur tous leurs vœux. Nous sommes dans une logique de transparence, nous luttons contre les fake news qui existent sur la procédure. Notre dispositif n’est pas parfait mais il fonctionne, nous pouvons le garantir. Mais il y a, c’est vrai, un vrai travail de pédagogie et d’accompagnement à faire, et c’est ce à quoi nous nous employons au ministère, dans les académies et les établissements scolaires.

Jean-Michel Blanquer a annoncé hier sur BFMTV et RMC que 20% des élèves seront toujours sur liste d’attente avant le début du bac. Ces chiffres semblent-ils se confirmer ?

Hugo Gimbert, chercheur au CNRS chargé de mission Parcoursup (DR)

Hugo Gimbert: Nous attendons d’avoir toutes les données avant de faire des estimations. Mais ce qu’il faut souligner, c’est que les candidats n’ont pas à parier sur les réponses des autres pour faire leur choix. Ils peuvent accepter leur proposition préférée parmi toutes celles qui leur sont faites. Avec APB, il était possible de faire des choix stratégiques complexes lors de l’ordonnancement des voeux, notamment pour les L1 et les internats.

Quelles différences conceptuelles y a-t-il entre APB et Parcoursup ?

Jérôme Teillard : L’idée avec Parcoursup c’était de mettre en place un nouveau système fondé sur la transparence et la liberté de choix pour les candidats. Le point de départ de la fin d’APB, c’est une mise en demeure que nous avons reçue de la CNIL et qui nous indiquait qu’il ne fallait plus prendre de décisions sur l’orientation des étudiants basées sur le hasard et sur des algorithmes. Il nous a fallu remettre de l’humain au coeur de la procédure. Avec APB, c’était les algorithmes qui faisaient la loi. Avec Parcoursup, les algorithmes développés par Hugo Gimbert et Claire Mathieu ne sont qu’une traduction des règles posées dans la loi et ses textes d’application.

Hugo Gimbert : Dans le cahier des charges du développement de Parcoursup, il y avait deux éléments clairs. Premièrement, il ne fallait plus que les candidats hiérarchisent leurs voeux. Deuxièmement, il fallait supprimer les tirages au sort. Nous ne devions plus utiliser aucun élément aléatoire. À plusieurs reprises on s’est trouvé dans des situations où l’on aurait pu mettre des critères aléatoires. C’était interdit cette année.

Jérôme Teillard : En fait avec APB la loi n’avait pas prévu de mécanismes de résolutions pour de nombreuses situations. C’est pour cela que le tirage au sort était utilisé, pour régler ces situations compliquées. Cela a introduit une part d’arbitraire dans la procédure, ce qui n’est pas souhaitable.

Comment se traduit la volonté de transparence de la procédure Parcoursup ?

Jérôme Teillard : Nous publions quotidiennement des indicateurs qui font le suivi de la procédure. Les candidats peuvent également connaître leur position sur liste d’attente. La manière dont le classement des dossiers a été organisée est également transparente. Il y a eu un cadrage national d’attendus fixés pour l’ensemble des candidats par les formations, les éléments de leurs dossiers qui sont pris en compte. Depuis le 22 janvier, le site de Parcoursup présente les différents attendus qui servent à évaluer les dossiers des candidats. L’examen des dossiers a été effectué par des commissions d’examens de voeux. Pour les filières sélectives (prépas, BTS, DUT…), les critères utilisés n’étaient pas transparents. Désormais, avec les attendus, les élèves savent ce que les formations recherchent.

Certains redoutent que les universités soient devenues “sélectives”, qu’en pensez-vous ?

Jérôme Teillard : En ce qui concerne les licences à l’université, l’examen des dossiers a pour but la réussite des étudiants. Pour les candidats qui sont les moins  préparés pour vouésà ces filières, les universités peuvent mettre en place des procédures d’accompagnement particulières (via les “oui si”). Le classement n’est qu’une opération secondaire, il n’a d’impact que dans les filières en tension (avec plus de demandes que de places). Il fallait mettre fin à un choix qui pouvait en cas de tensions se solder par l’arbitraire du tirage au sort. Le travail qui est fait dans les commissions d’examens repose sur ces attendus. Les critères concrètement utilisés sont couverts par le secret des délibérations, comme dans tous les jurys. Mais ils se réfèrent aux attendus. Chaque candidat a la possibilité de solliciter les établissements sur les motifs pédagogiques qui l’ont écarté d’une formation. Mais c’est important de le redire : aucun candidat ne peut être refusé dans une formation non-sélective.

Hugo Gimbert, en tant que chercheur au CNRS, comment en êtes-vous arrivé à travailler sur la plateforme Parcoursup ?

Hugo Gimbert : J’ai été sollicité par le ministère à la rentrée dernière pour être chargé de mission sur Parcoursup. J’ai une double compétence. Je suis avant tout chercheur en informatique, ce qui me donne du recul par rapport à quelqu’un qui n’aborderait que les enjeux techniques. J’ai également des compétences de développement. Par le passé j’ai déjà reçu l’appui de Philippe Baptiste, actuellement directeur de cabinet de la ministre Frédérique Vidal, pour développer un outil aidant les commissions d’évaluation scientifique du CNRS à mutualiser l’information et à dématérialiser leur travail.

Durant votre travail de développement des algorithmes, quels étaient vos liens avec le ministère ?

Hugo Gimbert : Nous avons eu de nombreuses réunions d’arbitrage avec le ministère au cours desquelles les décisions techniques ont été prises. Ces réunions était très collaboratives, ce qui était une surprise pour moi, j’imaginais un fonctionnement davantage hiérarchisé, même si, in fine, le dernier mot revenait logiquement au chef de projet ou au directeur de cabinet. Pour débuter notre travail, nous sommes partis des grandes lignes du texte de loi qui était en préparation. Le développement a pu commencer quand nous avons eu tous les arbitrages nécessaires sur l’algorithme. Avec Claire Mathieu, nous nous occupions du coeur algorithmique de Parcoursup, de toutes les fonctions clefs. Nous sommes repartis de zéro et n’avons rien gardé d’APB. Les équipes techniques situées à Toulouse, et qui travaillaient les années passées sur APB, ont été chargées de toute la maîtrise d’oeuvre ; concevoir le site web, maintenir les serveurs, gérer la base de données…

Jérôme Teillard : Il y a eu pour le développement de Parcoursup un véritable travail collaboratif entre le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation et le ministère de l’éducation nationale. Un certain nombre d’arbitrages techniques, juridiques et pédagogiques ont été rendus pour prendre les décisions qui mettaient en œuvre le cadre législatif. Nous sommes partis de la loi et de ses décrets d’application. Pour que notre philosophie soit bien comprise par tous, nous avons publié une trentaine de fiches pratiques pour que les équipes sur le terrain comprennent bien la procédure. En mars, nous avons également organisé des journées de formation auprès de différents responsables pédagogiques des universités.

Lorsque l’on analyse les algorithmes que vous avez publiés, on se rend compte que certains candidats boursiers sont remontés dans les listes des formations sélectives et non-sélectives, tandis que certains candidats hors de l’académie sont descendus dans les listes de formations non-sélectives. Comment cela s’explique-t-il ?

Hugo Gimbert : Il ne s’agit que de la traduction algorithmique de deux mesures votées par le parlement dans la loi ORE (Orientation et Réussite des Etudiants) : un taux minimum de boursiers à respecter dans toutes les formations (sélectives et non-sélectives) et un taux maximum d’élèves hors de la zone géographique de la formation. Pour classer les candidats, nous respectons trois niveaux de contraintes. Premièrement appliquer le taux minimum de boursiers, deuxièmement appliquer le taux maximum de candidats hors secteur (pour les formations non-sélectives) et troisièmement respecter les classementseffectués par les  formations.

Jérôme Teillard : Ce sont les recteurs qui ont fixé ces deux taux. L’objectif est de démocratiser l’accès à l’enseignement supérieur. Ils sont affichés sur le site de Parcoursup et l’algorithme n’est là que pour les traduire.

L’objectif de laisser les candidats choisir leur affectation avec plusieurs voeux c’est de leur faire avoir “des choix d’orientation éclairés”. Or, dans les faits on se rend compte que les candidats n’ont pas forcément anticipé leurs choix et qu’ils se décident dans la précipitation quand ils ont plusieurs propositions, n’est-ce pas contradictoire ?

Jérôme Teillard : L’orientation est toujours un processus complexe et qui peut être angoissant si l’on n’est pas accompagné. Je comprends tout à fait les interrogations des candidats. C’est précisément pour cela que nous avons mis en place un deuxième professeur principal dans les classes de terminale dès cette année. Et puis les conseils de classe permettent également de mieux accompagner les candidats. Les projets de formation motivés et la fiche avenir leur ont fait permis de formaliser toutes ces réflexions. On demande aux candidats de choisir en sept jours, ils peuvent également solliciter leurs entourage, leurs professeurs ou des étudiants pour les accompagner. Mais il est vrai que l’on n’enlèvera jamais le fait qu’un choix d’orientation est toujours difficile. Ce que nous souhaitons c’est que les élèves soient mieux accompagnés.

Hugo Gimbert : Il faut rappeler qu’avec APB nous demandions aux candidats de choisir leurs voeux en avance, il fallait les positionner les uns par rapport aux autres. Un candidat qui fait plus de 100 voeux, comme c’est couramment le cas sur les concours communs, doit anticiper plus de 4900 choix différents, qui peut faire ça? L’intérêt de Parcoursup c’est que le candidat peut se concentrer sur les choix décisifs, il ne s’agit plus de classer des voeux hypothétiquement. Pour rentrer dans l’aspect technique, Parcoursup et APB fonctionnent de manière similaire. Simplement avec APB c’était un algorithme qui affectait les candidats selon leurs voeux. Désormais, ce sont les candidats qui ont la main sur leur affectation.

>>> Lire aussi : Parcoursup 2018 : gare à l’« overbooking » des formations sélectives

Sachant que les candidats n’ont pas hiérarchisé leurs voeux, aurez-vous la possibilité de mettre en place des outils de satisfaction pour savoir s’ils seront affectés dans une formation qui leur plaît ?

Hugo Gimbert : Nous n’avons pas encore défini d’indicateur pour mesurer la satisfaction des candidats en fin de procédure, c’est en cours. Dans les simulations que nous avons faites, nous avons pris des jeux de données issus d’APB et nous avons comparé le résultat obtenu par les deux procédures. On arrive rapidement à l’optimum avec Parcoursup. Dans les simulations, les élèves obtiennent leurs voeux préférés en un peu plus de temps, c’est vrai.

Jérôme Teillard : Au-delà de la mesure de la satisfaction, il faut rappeler qu’APB n’avait pas été construit dans une perspective globale d’orientation, mais qu’il s’agissait d’une simple plateforme technique. Notre objectif avec Parcoursup n’est pas simplement de réussir la phase d’admission le plus rapidement possible, mais c’est que dans les trois ans les étudiants puissent pleinement réussir leurs études. APB était un outil exogène, il faisait tout sans accompagner la réflexion des élèves. Parcoursup est davantage une plateforme à considérer comme unoutil au service d’un processus plus complet d’orientation.

Pour conclure, pensez-vous que le fonctionnement de Parcoursup et ses algorithmes resteront tels quels l’an prochain ?

Jérôme Teillard : Frédérique Vidal s’est engagée auprès des différents acteurs de la procédure à faire un retour d’expérience. Pas seulement sur l’outil Parcoursup mais sur le fonctionnement global. Le processus est voué à s’améliorer, nous écoutons les craintes de nos interlocuteurs et transformerons la procédure là où c’est nécessaire. Par exemple, il nous a été remonté des difficultés pour les élèves en situation de handicaps à s’orienter car ils ne savent pas si les formations sont accessibles. Nous travaillerons sur ce sujet pour la prochaine session de Parcoursup pour qu’il y ait un référent handicap dans chaque formation.

Propos recueillis par Guillaume Ouattara, blogueur-invité Le Monde Campus.

 

Bac 2018 : le gouvernement renonce à imposer le « mode examen » sur les calculatrices

laffy4l (CC BY 2.0)

Les élèves de terminale n’auront pas à utiliser le mode examen de leur calculatrice scientifique pendant les épreuves du bac 2018, a annoncé le Ministère de l’Education nationale ce jeudi 15 février. « De nombreuses académies ont signalé qu’un nombre significatif d’élèves ne disposait pas à ce jour d’une calculatrice conforme à cette nouvelle réglementation, explique le Ministère. Tous les candidats composeront donc dans les mêmes conditions qu’à la session 2017 et avec l’équipement de leur choix ».

Cette session du bac aurait, pourtant, dû être la première à exiger des candidats le passage en mode examen, verrouillant l’accès à la mémoire de leur calculette pour empêcher la triche. Mais de nombreux cafouillages observés ces dernières semaines lors de bacs blancs ont eu raison de cette décision. Cette décision s’appliquera pour le bac, mais également pour le BTS, DEC (diplôme d’expertise comptable), DCG (diplôme de comptabilité et gestion),  DNB (brevet), CAP, BEP, concours général des lycées et concours général des métiers pour la session 2018, qui autoriseront également les calculatrices sans mode examen.

Une circulaire pour lutter contre la triche

L’affaire avait fait grand bruit en 2015. Dans une circulaire, le Ministère de l’Education nationale rendait obligatoire, à partir de 2018, le « mode examen » sur les calculatrices scientifiques. Son rôle ? Restreindre temporairement l’accès à la mémoire et déclencher un système de diode clignotante. L’objectif semblait alors clair : empêcher les élèves d’avoir des programmes de triche (contenant toutes leurs formules de maths ou de physique).

« L’analyse du bilan des fraudes et tentatives de fraudes aux baccalauréats ces dernières années fait en effet apparaître un nombre important de fraudes liées à l’utilisation de matériels électroniques, y compris la calculatrice, peut-on lire dans un document adressé aux constructeurs de calculatrices en 2013. La ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche souhaite que l’usage des calculatrices pendant les épreuves soit compatible avec les mesures visant à réduire les fraudes et tentatives de fraudes ».

Depuis trois ans, dans tous les lycées de France, la même consigne est donnée aux élèves : investir dans des calculatrices disposant du mode examen. « Mon frère venait d’avoir son bac quand je suis entré en seconde, explique Neïl élève en terminale s à Compiègne, il m’avait donné sa vieille TI83 sans mode examen mais les profs m’ont fait comprendre qu’il fallait que j’en rachète une avec le mode examen ». Enzo, lycéen à La Rochelle, a reçu les mêmes conseils « j’ai dû acheter une calculette avec un mode examen en arrivant en seconde, raconte-t-il, mais jusqu’à présent on ne l’a jamais activé en devoir surveillé ». À l’occasion de bacs blancs, certains lycées ont voulu tester ce fameux mode examen en conditions réelles, mais plusieurs cafouillages ont été relevés.

De multiples cafouillages

Si dans son communiqué le Ministère explique que « de nombreuses académies ont signalé qu’un nombre significatif d’élèves ne disposait pas à ce jour d’une calculatrice conforme à cette nouvelle réglementation », d’autres difficultés ont été constatées.

Chez certains candidats pourtant bien équipés, le mode examen de leur calculatrice ne s’est pas déclenché. « C’est un bug que l’on observe avec plusieurs modèles, détaille Xavier Andréani, professeur de mathématiques et fondateur du site TI-Planet. Si l’élève a moins de 25% de batterie et qu’il tente d’activer le mode examen, sa calculatrice reste bloquée sur un message d’avertissement du niveau de batterie, il ne peut plus l’utiliser ». Si le cas de figure se présente le jour du bac, impossible pour le candidat de passer en mode examen, ce qui entraînerait une confiscation de sa calculatrice. Interrogée par Slate, une professeure d’un lycée lillois où la situation s’est produite indique qu’elle a été obligée de « laisser tout le monde composer malgré tout » (avec les calculatrices sans mode examen du coup) durant un bac blanc.

Autre problème : ce « mode examen » ne préserve pas des antisèches. À partir du moment où une calculatrice est passée en mode examen, tous les programmes (et antisèches) stockés en mémoire auparavant sont inaccessibles. Mais tous les programmes que l’on écrirait après le passage en mode examen restent, eux, accessibles. Conséquence : un candidat qui aurait mis le mode examen chez lui pourrait ajouter des programmes de triche et venir avec une calculette pleine à craquer.

Pour faire face à ce problème, il est indiqué que les élèves doivent activer leur mode examen une fois dans la salle. Mais cette contrainte pose problème ; les professeurs surveillant l’épreuve de maths ou de physique n’enseignent pas tous ces disciplines. Pas sûr, donc, qu’ils soient au fait des subtilités des diodes clignotantes.

Des calculatrices bloquées

Un dernier point majeur inquiète la communauté éducative, comme les élèves : la sortie de ce « mode examen ». À chaque début d’épreuve les élèves devront avoir une calculatrice en « mode normal » qu’ils passeront en « mode examen ». Il leur faudra donc désactiver ce « mode examen » pour repasser en « mode normal » après chaque épreuve. Or, cette étape n’est pas toujours évidente. « Pour empêcher de quitter le mode examen pendant l’épreuve, les constructeurs de calculatrices obligent les élèves à utiliser une autre machine pour le désactiver, explique Xavier Andréani. Il peut s’agir d’une autre calculatrice du même modèle, d’un ordinateur voire d’un smartphone pour les modèles les plus évolués ».

Et selon le modèle de calculatrice, cette sortie du mode examen peut se transformer en une mission quasi-impossible. « Par exemple, pour sortir du mode examen de la  Lexibook GC3000FR, il faut obligatoirement utiliser une calculatrice du même modèle qui n’est, elle-même, pas en mode examen, poursuit Xavier Andréani. Cette calculatrice ne dispose pas de port USB, donc impossible de la déverrouiller avec un ordinateur ». En clair, si les candidats n’ont pas acheté cette calculatrice en deux exemplaires il leur sera tout bonnement impossible de sortir du mode examen… et donc d’utiliser leur calculatrice pour les épreuves suivantes.

Et ce même problème se retrouve sur d’autres modèles de calculatrice. En fait, pour comprendre l’origine de ce cafouillage, il faut revenir au cahier des charges qu’ont reçu les fabricants de calculatrices. En décembre 2013, près d’un an et demi avant la publication de la circulaire, le Ministère de l’Education nationale avait fait parvenir aux constructeurs un ensemble de « spécifications techniques » relatives au mode examen. Dans ce document de 5 pages, une seule ligne évoque la sortie de ce mode examen  : « Le « mode examen » doit donc être actif en permanence et ne pouvoir être désactivé que par une connexion extérieure ». C’est le flou autour de cette notion de « connexion extérieure » qui rend obligatoire la possession de deux calculatrices du même modèle pour certaines marques.

Un business très lucratif

LordFerguson (CC BY-SA 2.0)

À quatre mois à peine du baccalauréat, le Ministère devait trancher au plus vite. Maintenir la circulaire, au risque de se retrouver avec des ruptures d’égalité entre les candidats (certains disposant potentiellement d’antiséches lors de l’épreuve, d’autres privés de toute calculatrice), ou renoncer temporairement à cette obligation du « mode examen ». C’est le second choix qui l’emporte. Pas sûr qu’il ne fasse que des heureux. Hugo, lycéen à Douai, fulmine depuis qu’il a eu vent du projet du Ministère. « Je redouble ma terminale cette année et j’ai acheté exprès ce week-end une nouvelle calculatrice avec le mode examen, lâche-t-il. J’ai dépensé 70€ pour rien ».

Il faut dire que depuis l’annonce de cette circulaire, les fabricants de calculatrices se frottent les mains. Durant longtemps, les vieux modèles se transmettaient dans les familles où se revendaient pour quelques poignées d’euros sur internet. Mais ils ne disposaient pas du mode examen. C’est donc tout un parc de calculatrices scientifiques qui a dû être renouvelé. « Depuis trois ans, on peut considérer que tous les élèves ont dû acheter une calculatrice neuve », détaille Xavier Andréani. Avec 500 000 élèves en série générale et technologique, ce sont pas moins de 1,5 million de calculatrices qui ont été rachetées. « Une calculatrice de moyenne gamme coûte environ 70€ », poursuit l’enseignant. Cette circulaire aurait rapporté, au bas mot, quelques 105 millions d’euros aux constructeurs. Un business très lucratif.

Si les bacheliers 2018 ne seront pas concernés par ce « mode examen », qu’en sera-t-il pour ceux de la session 2019 ? Officiellement, la circulaire restera en vigueur pour eux. Mais il est bien difficile de savoir comment les couacs rencontrés cette année pourront être résolus. Et au-delà de ces problèmes techniques, ce mode examen est-il vraiment si utile ? « Il n’y a rien de mal à stocker quelques formules pour être rassuré le jour des épreuves », glisse Fabien, lycéen à Compiègne. « Les programmes de triche peuvent même être vecteurs d’égalité entre les candidats, analyse Xavier Andréani. Ceux qui achètent les modèles les plus chers ont énormément de fonctionnalités « par défaut » qui restent accessibles même en mode examen, alors que ceux avec des calculatrices bas de gamme ne les ont pas. Sans le mode examen, tout le monde peut avoir les mêmes fonctionnalités en installant des programmes supplémentaires ». Les programmes de calculatrice, outils de lutte contre les inégalités sociales ? Toujours est-il que l’équation que le Ministère devra résoudre l’an prochain est loin d’être évidente…

Guillaume Ouattara, blogueur-invité Le Monde Campus

Bac philo 2017 : comment les sujets des séries technologiques ont fuité

École polytechnique – J.Barande (CC BY-SA 2.0)

Le bac 2017 a commencé, jeudi 15 juin, par un gros couac : en philosophie, les candidats des filières technologiques (bac STMG, ST2S…) ont dû plancher sur des sujets de secours. La raison ? Les sujets initialement prévus ont fuité la veille de l’épreuve.

Toute la matinée, les spéculations sur l’origine de cette fuite sont allés bon train. Vol de sujet ? Hack de l’ordinateur d’un concepteur ? En réalité pas du tout. Après enquête, il apparait que les sujets prévus jeudi matin en métropole se sont retrouvés, mercredi soir, sur le site d’info de « Guadeloupe 1ère », chaîne du groupe France Télévision dédiée à l’Outre-mer.

Une affaire d’en-tête

L’article de la fuite

Si les élèves de métropole commencent le bac ce jeudi, les élèves d’Antilles-Guyane ont composé hier sur la Philo. Et comme il est de coutume après une épreuve du bac, les sujets ont été repris et publiés sur divers médias locaux.

A 17h59, mercredi 14 juin, le site Guadeloupe Première propose aux internautes de consulter l’intégralité des sujets au format PDF. Sur le site, on retrouve les sujets des bacs S, ES, L et technologiques tombés dans l’Académie Antilles-Guyane. Mais très rapidement, Xavier Andréani, professeur et administrateur du forum TI-Planet, détecte un problème : l’en-tête du sujet des filières technologiques ne correspond pas aux autres sujets.

« Le repère sur le sujet était 17PHTEMLR1, nous détaille-t-il, or c’est le repère traditionnellement réservé aux sujets du bac de Métropole. Le repère correct aurait dû être  17PHTEAG1 » .

Un problème d’en-tête

« L’artiste doit-il répondre aux attentes du public ? » et « N’échange-t-on que des choses ? » sont les deux questions qui apparaissent sur ce sujet. Mais en réalité, les candidats des filières technologiques d’Antilles-Guyane ont planché, hier, sur deux autres questions : « serions-nous plus libres sans les lois ? » et « A-t-on besoin des autres pour trouver la vérité ?».

Immédiatement, le professeur procède à un signalement auprès de la mission de pilotage des examens. Son interlocuteur, au téléphone, n’est pas au courant de la situation et lance une enquête. L’affaire est prise très au sérieux par le Ministère.

Une impression de nouveaux sujets en urgence

Le sujet original

A 19h09 hier soir, soit 2h après la publication initiale, l’article est modifié une première fois. Le lien vers le sujet disparaît,  mais l’une des questions reste citée dans l’article.

20h42, nouvelle modification : le lien de téléchargement réapparaît, mais cette fois le repère a été effacé. « Je pense qu’à ce moment précis la décision a été prise de modifier les sujets de Métropole, explique Xavier Andréani. La modification vise sûrement à limiter les vagues à la veille de l’épreuve, de façon bienveillante pour ne pas stresser les candidats ».

23h49, dernière modification de l’article. Cette fois, les bons sujets viennent remplacer les sujets de Métropole.

Le soir-même, l’ordre est donné à tous les rectorats de faire imprimer en urgence les sujets de secours. Ce matin en arrivant, certains élèves ont reçu leur sujet avec 1h de retard, le temps que les sujets de secours parviennent à leur lycée.

Des questions restent posées

Ainsi, on est loin d’une fuite majeure entre candidats, comme certains le redoutaient. Mais une question demeure : comment se fait-il que ces sujets aient été communiqués aux médias locaux ? Mystère… Contactée, la rédaction de Guadeloupe Première renvoie la balle au rectorat de l’académie de Guadeloupe « c’est eux qui pourront vous expliquer ce qu’il s’est passé », nous glisse-t-on, avec malice. Le Ministère quant à lui n’a pas souhaité donner davantage de détails, précisant simplement qu’une « enquête était en cours ».

Mais l’affaire rappelle étrangement un cas similaire qui s’était produit à la session du bac 2015. L’académie de La Réunion avait, par erreur, envoyé les sujets de Philo du bac technologique à toutes les rédactions 4h avant le début des épreuves. A l’époque, l’Académie avait fait appel « à la loyauté et au civisme » des médias pour ne pas divulguer les sujets. Les sujets de secours avaient été utilisés pour les candidats de La Réunion seulement, les risques d’une diffusion en métropole étant jugés  « extrêmement limités » . Cette année, les sujets ayant été publiés sur un site accessible à tous, y compris en métropole, c’est l’option sujet de secours qui a été retenue.

Guillaume Ouattara

 >>>Lire aussi : Une première fuite aux épreuves expérimentales du Bac 2017

>>>Lire aussi : Fuites aux épreuves expérimentales du bac 2017 : l’enquête du Ministère s’annonce compliquée

Rendez-vous sur Facebook et sur Twitter pour suivre mes prochaines publications.

Fuites au bac 2017 : l’enquête de la Gendarmerie s’annonce difficile

École polytechnique – J.Barande (CC BY-SA 2.0)

Comment 20 sujets et corrigés des épreuves expérimentales (TP évalués) du bac de Physique-Chimie se sont-ils retrouvés en vente à 20€ sur internet une semaine avant le début des épreuves ? Combien d’élèves ont-ils pu accéder à ces documents ?  Et surtout, qui se cache derrière cette nouvelle fuite au bac ? Ce sont autant de questions qui se posent depuis que le Ministère de l’Education Nationale a confirmé, ce dimanche, les soupçons de fuite que nous avions été les premiers à révéler sur ce blog la semaine dernière.

Lundi, le Ministère a annoncé qu’une plainte avait été déposée auprès du pôle judiciaire de la Gendarmerie Nationale. Mais d’après les premiers éléments que nous nous sommes procurés, l’enquête s’annonce plus compliquée que prévue tant l’auteur de la fuite a fait preuve de prudence pour rester anonyme…

Un temps de réaction trop long

Premier cafouillage : le temps de réaction du Ministère. Il a fallu 6 jours à la mission de pilotage des examens pour répondre à un signalement effectué par un enseignant ayant détecté les fraudes.

Conséquence ? L’auteur des fuites, qui se fait appeler « Alex9775 », a eu le temps d’effacer toutes ses traces numériques. Suppression des messages incriminés, désactivation des pages Facebook proposant les sujets : c’est comme s’il n’avait jamais existé.

Autre conséquence : les 2 sujets communiqués par le jeune homme pour corroborer sa fuite ont, eux aussi, disparu d’Internet. Hébergés sur le site WeTransfer le 27 mai, ils étaient programmés pour s’effacer après une semaine. Difficile, donc, pour les enquêteurs de remonter jusqu’à l’auteur de la fuite par ce biais.

L’étrange profil du « fuiteur »

Mais qu’est ce qui a bien pu pousser « Alex9775 » à supprimer toute trace de son passage ? William, administrateur d’un groupe Facebook de révision du bac S, croit connaître les raisons de ce revirement soudain.

« Quand j’ai vu passer ses messages disant qu’il vendait des sujets du bac, je l’ai immédiatement contacté, explique-t-il. Je lui ai dit qu’il fallait qu’il arrête de poster sur mon groupe, que ça n’était pas légal. Il semblait tomber des nues et m’a demandé ce qu’il risquait. Quand je lui ai parlé des poursuites judiciaires, ça l’a refroidi ». Trois ans de prisons et 9000€ d’amende. C’est ce que risque, au minimum, Alex.

« J’arrête tout », a-t-il déclaré à William avant de tout effacer. Dès lors, on serait presque tenté de croire que l’auteur de cette fuite est un lycéen naïf ayant voulu se faire un peu d’argent sans vraiment avoir conscience de la gravité de ses actes…

Dès le début l’auteur des fuites a masqué toutes ses traces

Mais cette thèse du lycéen naïf ne résiste pas à d’autres éléments d’enquête que nous nous sommes procurés. En réalité, dès le début le jeune homme a cherché à masquer ses traces.

Capture d’écran de la page Facebook proposant les sujets

Tous les messages postés sur Facebook se sont faits sous une fausse identité. Les paiements des sujets et des corrigés ont été effectués via une plateforme anonyme, « paysafecard ». L’internaute invitait ses correspondants à lui fournir des codes que l’on peut se procurer contre espèces chez un marchand de journaux. De quoi éviter de tracer l’argent. Enfin, ses messages sur le forum TI Planet ont été postés avec de fausses adresses IP (d’identification des ordinateurs) localisées tantôt en Finlande, tantôt en Espagne. Un brouillage des pistes qui a de quoi sérieusement compliquer la mission des enquêteurs.

Contacté, le Ministère de l’Education Nationale a indiqué que l’enquête suivait son cours. L’auteur de la fuite n’a, pour l’heure, pas été identifié et les services de Gendarmerie cherchent à déterminer l’ampleur de la fraude.

La question qui se pose, désormais, est celle de la validité des épreuves. On se souvient qu’en 2011, le gouvernement avait décidé d’annuler un exercice de maths du bac S qui avait fuité sur internet, évoquant alors une « rupture d’égalité entre les candidats ». Qu’en sera-t-il cette année avec ces ECE de Physique-Chimie ? « Aucune décision n’a été prise pour le moment », fait-on savoir au Ministère.

Guillaume Ouattara

Lire aussi notre enquête sur l’itinéraire de cette nouvelle fuite au bac 2017

Rendez-vous sur Facebook et sur Twitter pour suivre mes prochaines publications.

L’Ecole polytechnique part à la recherche de start-up

Vince11111 (CC BY 2.0)

Depuis avril 2015, l’Ecole polytechnique a lancé le programme « X-Up » pour recruter et épauler de nouvelles start-up innovantes. Cette année encore, la Grande Ecole est à la recherche de start-up pour gonfler ses rangs.

Accompagnement de 6 mois, coaching par des professionnels, locaux sur le campus : les « jeunes pousses » seront chouchoutées par les équipes de Polytechnique. L’appel à candidatures est ouvert jusqu’au 28 février.

Qui peut se porter candidat pour rejoindre « X-Up » ?

« Tout le monde peut postuler », explique Matthieu Somekh, responsable du pôle entrepreneuriat et innovation de l’X. Il n’est donc pas nécessaire d’être étudiant de l’institution militaire. Le seul impératif est d’avoir un projet de création d’entreprise ou bien d’être dans les premières phases de création d’une start-up. La durée d’incubation est de six mois renouvelables.

Quel type de start-up est recherché par Polytechnique ?

L’école est à la recherche de tous types de start-up, avec un accent mis sur celles disposant d’un aspect technologique, qu’il soit hardware ou software. Médical, big data ou encore objets connectés : les thématiques acceptées sont larges.

Que reçoivent les start-up de la part de Polytechnique ?

Les porteurs d’un projet recevront des locaux sur le campus de Polytechnique, un accès à un « fablab » (contraction de l’anglais fabrication laboratory, « laboratoire de fabrication »), des ateliers, des rencontres et des conseils individualisés pour aider à démarrer l’activité. De plus, ils pourront échanger avec les différents laboratoires du campus.
Enfin, un dispositif financier allant jusqu’à 20 000 euros est à disposition des entrepreneurs.

« Rejoindre les “success stories” issues d’X-Up »

Lancé en 2015, l’accélérateur de Polytechnique a déjà accueilli et incubé 4 promotions de start-up. Parmi elles, Instent (dans le domaine de la santé connectée), qui a réalisé en novembre 2015, à peine un mois après sa sortie d’accélération, une première levée de fonds de 1 million d’euros, ou Auxivia (dans le domaine de la silver economy), lauréate du concours French IoT du groupe La Poste.

Autant dire que l’institution donne un véritable coup de pouce aux projets innovants.

Pour se porter candidat, c’est par ici.

C’est quoi un ingénieur : une émission pour découvrir le « métier » d’ingénieur

Il y a un an et demi tout juste, je publiais ici même ma toute première note de blog, « Dis papy, c’est quoi un ingénieur ». J’y racontais la difficulté que je ressentais, en intégrant une école d’ingé, de savoir concrètement à quoi ressemblerait mon quotidien une fois diplômé.

Mon propos se résume en un slogan : « Ingénieur : un métier qui fait rêver, mais une profession assez cachée » !

Vous avez été très nombreux à réagir et à apporter votre témoignage sur le métier d’ingénieur. A l’image de Beone, par exemple, qui explique que selon lui, « l’ingénieur est une personne qui, en étant spécialiste de rien, saura trouver les connaissances et les compétences nécessaires, par lui-même ou en s’appuyant sur d’autres personnes, pour faire aboutir un projet ». Ou encore, Rien, qui confie que « Ingénieur est à la fois un titre, un statut, un poste, un métier, et un niveau d’étude (le fameux « bac+5″). Sans parler de l’ingénierie qui est à la fois une discipline et une « méta-discipline » (« ingénierie informatique », « ingénierie physique », « ingénierie financière ») ».

Pas facile de s’y retrouver… J’ai, donc, décidé de vous donner la parole et j’ai réalisé des entretiens filmés avec des ingénieurs en poste. Ils m’ont parlé de leur parcours, de leur job au quotidien et de la vision qu’ils ont de leur profession.

Ces émissions seront à retrouver à partir du lundi 9 mai 2016 sur Demain.TV, Ma Chaîne Étudiante et ici même, sur Le Monde Campus. Alors rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir la première de « C’est quoi un ingénieur », et d’ici là je vous laisse avec la bande annonce du programme !

Et d’ici là, rendez-vous sur Facebook et sur Twitter !