Lancement d’un concours étudiant pour « remettre l’humain au coeur des enjeux du numérique »

École polytechnique – J.Barande (CC BY-SA 2.0)

Il y a quelques semaines, je suis tombé sur un article du magazine américain Wired intitulé, « Hey computer scientists! Stop hating on the humanities » (« Hey les informaticiens ! Arrêtez d’haïr les sciences humaines »). Emma Pierson, son auteure, y expliquait que pour être un bon informaticien, il ne faut pas seulement savoir débiter des lignes de code (même si c’est un pré-requis), mais il faut pouvoir faire face à des problèmes éthiques et avoir le recul nécessaire pour réfléchir aux implications du code que l’on est en train de produire.

Et l’informaticienne de détailler plusieurs cas de conscience qui se sont présentées à elle dans ses expériences passées : « Dois-je écrire un programme qui va télécharger des milliers d’échanges d’adolescents souffrant de troubles du comportement alimentaire sur des sites de soutien pour anorexiques ? Écrire un programme pour poster des messages de suicide anonymes sur des forums de centaines d’universités pour voir lesquelles proposent le meilleur soutien ? De fait, ma réponse à ces questions était ‘non’. Mais je l’avais envisagé. Et la gloire et le péril des ordinateurs, c’est qu’ils magnifient tous vos caprices. Une impulsion initiale devient un programme qui peut nuire à des milliers de personnes ».

En clair, et si l’on suit le raisonnement de l’auteure, au quotidien l’informaticien doit pouvoir être à la fois penseur et codeur. Le machine learning, le data mining et autres big data, sont autant de technologies qu’il faut savoir développer techniquement et mettre en perspective éthiquement. Une double-compétence insuffisamment développée dans la formation des étudiants en informatique, à ses yeux.

Je ne peux que partager le constat de cette importance des sciences humaines dans la formation des informaticiens et, soyons fous, des ingénieurs toutes disciplines confondues. A ceci près qu’étant moi-même étudiant dans une formation intitulée « humanités et technologie » et qui prend le pari de mettre au même plan les sciences humaines et les sciences dures, je nuancerais quelque peu son pessimisme concernant la formation actuelle des informaticiens.

Un concours ouvert aux étudiants pour favoriser l’émergence d’un « humanisme numérique »

Alors, lorsque quelques jours après cette lecture passionnante Guillaume Rolland, l’inventeur du réveil olfactif primé par Google et digne représentant de la French Tech à l’étranger, m’a contacté pour me présenter un concours mêlant sciences humaines et numérique qu’il parraine, je n’ai pu qu’être intéressé par son projet.

Son petit nom ? Le Reboot challenge. Son concept ? Proposer aux étudiants de tous horizons (sciences, économie, sciences humaines…) de créer un projet pour remettre l’homme au cœur des enjeux du numérique.

Il y a trois pôles autour de ce concours : la société, le vivant et la planète. L’étudiant désireux de participer doit proposer, pour l’un de ces pôles, un projet sous la forme qu’il souhaite : produit, application, service, manifeste, projet de loi, création artistique… A chaque fois, il doit s’agir de penser le numérique au regard du pôle en question et de concevoir un projet qui permette de concilier les deux.

Porté par la chaire « l’humain au défi du numérique » du Collège des Bernardins, cet appel à projets est ouvert jusqu’au 30 mai pour les étudiants toutes filières confondues. Dans un premier temps, les candidats doivent présenter de manière générale leur projet et, s’ils sont retenus à l’issue de cette première phase, ils auront jusqu’à fin-juin pour le mener à bien. A la clef, des prix allant jusqu’à 3000€. Alors bon courage et « soyez les acteurs du numérique de demain », nous glisse Guillaume Rolland, en guise de conclusion.

Pour en savoir plus sur ce concours, rendez-vous sur le site du Reboot Challenge.

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2 commentaires sur “Lancement d’un concours étudiant pour « remettre l’humain au coeur des enjeux du numérique »

  1. Je dois avouer que je ne comprends pas très bien l’initiative. L’homme est de fait au cœur du numérique.
    Il s’agit d’un enjeu éthique bien plus qu’humain ou humaniste. En tout cas, ça n’a rien à voir avec les humanités (langues, littérature, histoire…).

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    1. Bonjour, je vous invite à lire l’article du magazine Wired pour avoir un développement complet sur les liens entre humanités et informatique. Pour résumer très brièvement le propos, il est indispensable d’avoir à la fois une formation technique (savoir coder, développer dans différents langages), mais également une formation en sciences humaines pour être capable de questionner l’impact de ce que l’on est en train de coder. L’histoire pour savoir d’où l’on vient et les erreurs de jugements qui ont pu être commises par ceux qui nous ont précédés, la philosophie pour pouvoir problématiser, se questionner, comprendre ce qui ne va pas, les lettres pour savoir analyser et formaliser. Bref, la connaissance de l’informatique en tant que tel fait de nous des exsudations de la machine, et la couche supplémentaire, celle que vous appelez « éthique » s’obtient, selon moi, à l’aide d’un travail poussé dans les disciplines sus-nommés (et dans bien d’autres encore).
      Bien cordialement,
      Guillaume

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