Souvenirs de khôlles de prépa

Un élève face à un tableau noir
stuartpilbrow (CC BY-SA 2.0)

« Khôlles », vous avez bien dit « colles » ? Ces préparations hebdomadaires aux oraux des concours sont l’un des grands « mythes » des classes prépa. Orthographiées de deux façons différentes, on les retrouve dans les filières littéraires, scientifiques et économiques.

La forme et la fréquence de ces colles varient d’un établissement à l’autre. De mon côté, le programme était clairement défini. Toutes les semaines, j’avais une interrogation de maths. Une semaine sur deux alternaient khôlles de physique-chimie et khôlles d’allemand. Enfin, chaque trimestre venait se greffer une épreuve orale de français-philosophie.

Une mécanique bien huilée

Pour ce qui est des matières scientifiques, le déroulement était toujours le même. Répartis par groupes de 3, nous étions tous au tableau, une craie ou un feutre dans une main et le chiffon pour effacer dans l’autre, face à un examinateur qui nous évaluait. Ces derniers étaient aussi bien des étudiants passés par la case prépa, que des professeurs (que nous avions ou alors venus de l’extérieur).

La première partie de la colle testait notre connaissance du cours : définitions, théorèmes et démonstrations (évidemment), rien ne nous était épargné. Et gare à ceux qui n’avaient pas suffisamment appris ; ils étaient immédiatement sanctionnés par une note au-dessous de la moyenne. L’autre partie de la colle consistait en la résolution d’exercices en rapport avec le chapitre étudié.

En français-philosophie et en allemand, concept légèrement différent. D’un côté nous faisions l’étude d’un texte et répondions à une question de portée plus globale, de l’autre nous analysions un article et devions essayer d’en dégager un questionnement général.

Une pression démesurée

Dis comme ça, le concept de colles peut paraître sympa voire fun. Et pourtant, elles étaient unanimement redoutées… Rétrospectivement, quand je repense à ces « « « réjouissances » » » hebdomadaires, je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi nous sacralisions tant cette épreuve. Nous étions majoritairement anxieux, voire très stressés à l’approche de l’heure fatidique. Alors certes, il y a l’envie de bien faire, d’avoir une bonne note et d’être bien préparé pour les concours. Mais vue la faible place qu’elles avaient dans notre moyenne finale, le jeu en valait-il vraiment la chandelle ?

Car de ces colles, il me reste un grand nombre de souvenirs pas toujours très sympathiques mais qui reflètent bien la pression excessive que nous nous mettions. Ainsi, lors de la toute première interrogation orale de physique-chimie face à notre professeur, l’un des membres de mon groupe avait pleuré ne supportant pas les nombreuses critiques reçues sur son travail. La prépa comme école de la rigueur, de l’humilité et de la volonté de se dépasser, certes, mais faut-il pour autant en passer par la case perte de confiance et remise en question permanente de sa propre valeur ?

Et même si la volonté de tous les colleurs n’est pas de nous rabaisser, un certain nombre de remarques formulées peuvent aboutir à un sentiment d’humiliation. Du simple « le cours n’est pas bien maîtrisé » au « mais vous ne connaissez vraiment rien du tout » en passant par le « dites-moi pourquoi vous ne connaissez pas votre cours ; vous avez un don particulier, vous êtes chanteur ou musicien ? » voire même « je ne préfère pas vous évaluer tellement ce que vous avez fait est mauvais » ; on ressort parfois brisé à l’issue d’une heure de khôlle.

Alors oui, les examinateurs des vrais concours ne sont jamais tendres, oui il faut se préparer à subir de leur part un traitement peu sympathique, mais pour autant, doit-on faire régner dès les premières semaines ce climat de terreur ?

La sanction plutôt que l’accompagnement

Je me souviens également d’un autre colleur aux faux airs de Pierre Richard qui était la terreur de notre classe. Cassant, sec et parfois méchant, il était sans doute là pour nous mettre en garde face à l’attitude peu cordiale de certains examinateurs. Ses manières de faire étaient pour le moins… déroutantes. Des petites remarques vexantes sur votre travail personnel alternaient avec des blagues potaches et – parfois – des hurlements.

Bien sûr, mon constat n’est pas tout noir, certains vivent très bien cette épreuve nouvelle et moi-même j’ai pu passer de « bons » moments pendant ces khôlles.

Pourtant, quand aujourd’hui je regarde en arrière vers ces nombreuses heures, cette énergie et cet argent (car les colleurs sont rémunérés) consacrés à l’organisation de ces interrogations, je me demande s’il n’aurait pas été plus bénéfique d’utiliser une partie de ces moyens pour l’organisation de sessions de soutien. S’il est crucial d’être parfaitement prêt à affronter les concours les plus sélectifs de France, cet accent mis systématiquement sur la sanction plutôt que sur l’accompagnement me rend perplexe.

Mais bon, il paraît que pour certains la récompense au bout est suffisamment forte pour ne pas avoir ce genre d’états d’âme…

Retrouvons-nous sur Facebook et sur Twitter pour prolonger le débat.

124 commentaires sur “Souvenirs de khôlles de prépa

  1. Votre post m’a fait me remémorer certaines de mes colles en prépa, parfois avec un relatif plaisir, d’autres fois avec une franche amertume ! Autrement dit, je me suis souvenu de celles ayant trait aux mots. Puis celles invoquant les chiffres…

    Pour avoir connu différents univers post-bac, la prépa, l’école et l’université, il me semble que cet exercice est réellement si ce n’est formateur du moins structurant. Le mot est barbare mais il évoque une différence essentielle entre l’étudiant prépa et celui de la fac dans la maîtrise d’un sujet donné (à l’attention de ceux dont le sourcil se lève, l’idée du propos se limite à la connaissance brute d’un cours, des concepts qui y sont évoqués – cela ne dit rien de la finesse d’esprit de l’individu). La colle place évidemment dans une situation de pression face à un sachant : on ne peut pas utiliser d’artifices, on ne peut pas se dérober. On ne procrastine pas non plus comme j’ai vu tant d’étudiants de fac (pas de généralités, sic) le faire dès qu’une difficulté se présentait. C’est à ce titre que l’exercice est vraiment intéressant, à défaut d’être ludique (non, on ne se marre franchement pas). Je ne connais pas de meilleur exercice pour se tester, toutes choses étant égales par ailleurs…

    Voilà pour la partie « bénéfique ». Entre guillemets car – extrapolons – on peut sérieusement mettre en doute les bénéfices de la notation à la française (ou du classement, itou). Une très mauvaise note peut réellement traumatiser un étudiant. A l’inverse, une excellente peut griser.

    Pour rebondir sur les expériences négatives dont le blogueur a été témoin, j’ai l’impression que soit les étudiants en question étaient un poil trop sensibles, soit les examinateurs manquaient cruellement d’empathie, soit ils/elles étaient tout simplement de gros cons (c’est dit). J’en ai connu. Ils ne m’ont pas fait pleurer. Mais je me rappelle vivement les insulter intérieurement à ces moments-là (de gros cons, généralement). On ne peut toutefois pas en tirer quelque spécificité propre à la prépa. De telles situations se produisent parfois quoique rarement en TD à la fac. C’est juste que l’intensité de la méchanceté d’un examinateur de prépa est décuplée et concentrée sur quelqu’un qui se tient debout (ça joue, on sait pas quoi faire de ses bras, ni comment vraiment se tenir quand on se fait pourrir), un chiffon à la main (pas très glamour), à côté de potes (ou non, ce qui est pire) qui n’ont pas intérêt à l’ouvrir. N’oublions pas que la prépa est un univers assez clos, à l’instar d’un lycée, au contraire d’une fac ou d’une école.

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  2. La khôlle (orthographié officieusement khômme ça pârkhe en prépa, on met de kh partout mêmê chez les Taupins) sont des exercices difficiles. Je suis personnellement en PCSI et c’est vrai, ça peut être dur. Mais il n’y a qu’un moyen de progresser en prépa, c’est le travail régulier. J’ai beau avoir des professeurs difficiles, je n’en connais aucun qui humilierait un élève si le cours est su. Chacune de mes khôlles difficiles l’a été parce que je n’étais pas concentrée, parce que je n’avais pas saisi la notion ou parce que je n’avais pas travaillé tout simplement. On nous demande une rigueur certaine en prépa, mais aussi d’utiliser notre cerveau, de nous creuser les méninges. La khôlle c’est fait pour ça. Au tableau, des exos plus ou moins types pour bien voir qu’on a compris comment ça fonctionne. Et puis, des exos plus exotiques.

    Je termine avec cette petite citation que mon Papa me répète depuis que je suis toute petite et qu je pense résume tout l’esprit de la khôlle:
    « Ce qui ce conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément ».
    En gros, si tu sais expliquer au prof en khôlle ce que tu veux faire, ce que tu fais, c’est que tu as compris et que tu arrives à raisonner et non pas à simplement recracher ce que tu as appris. Il faut vivre une khôlle comme ça et pas comme une torture. De toute façon, les notes de khôlle sont trèèèèèèèèèèèèès souvent supérieure à celles des DS. Ca fait toujours plaisir de voir qu’on n’est pas complètement nul.

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  3. personnellement, ma grande hantise c’était les colles d’anglais (j’ai même écrit quelques mots sur mon expérience ici: http://www.edulide.fr/reussir-colle-anglais-prepa-blog-20.html)! une fois j’avais eu un colleur particulièrement condescendant qui s’amusait à reprendre et à caricaturer toutes mes fautes d’accents, très bon souvenir. je suis tombée assez rarement sur des colleurs compréhensifs et patients, toutes matières confondues, c’est assez dommage je trouve quand on pense que les colles sont justement des entraînements et non des examens.

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  4. C’est tellement déconnecté de ce qu’on a besoin en entreprise. Alors certes c’est pour préparer des concours pour obtenir le papier qui donne droit d’entrer dans le club des « élites », mais les places sont rares et réservées à ceux qui savent (enfants de profs en majorité).
    Le seul pays dans lequel on exhibe son papier lors d’un entretient d’embauche pour un poste avec 15 ans d’expérience.

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